‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 370 sur 385 · LE PRINCE CHARLES RENTRÉE EN BOHÊME · texte numérisé non relu

LE PRINCE CHARLES RENTRÉE EN BOHÊME

quer les membres, qui n'avaient ni pain, ni souliers, ni habits même quelquefois, et qui devaient faire tout exténués, la mine allongée, leurs cinq à six lieues tous les jours. »

Le 20 décembre les Autrichiens étaient à Landshut: le lendemain 11 y eut une affaire d'arrière-garde. « Je n'ai jumais rien vu d'aussi misérable, raconte notre officier, que la confusion des ordres et les lettres que l'on s'écrivait, où en vérité 11 n'y avait pas le sens commun. » Enlin on franchit la frontière; les débris de l'armée purent se réorganiser à l'abri de la chaine montagneuse, limite des deux États, que les Prussiens n'essayérent pas de dépasser. Des 80,000 hommes qui avaient envahi la Silésie, c'est à peine si 50,000 rentrèrent en Bohème :1); la capitulation de la garnisin de Breslau avait porté à 50,000 les pertes totales de Marie-Thérèse dans les (rois semaines écoulees depuis le commencement de décembre. Ce fut le jour de Noël que le prince Charles, très occupé à distribuer ses troupes dans leurs quartiers d'hiver, apprit la chute de Breslau; cette nouvelle, que lui apportèrent un sergent et deux soldats échappés de la place, lui fut confirmée le lendemain par un messager du gouverneur. « J'avoue que ce coup auquel je ne m'attendais pas, écrit le Prince 2, m'assomme à un point que je ne sais où j'en suis, car de s'être rendu prisonnier sans avoir soutenu un assaut... et enfin là dernière extrémité ne pouvant pas ètre pire que ce qui leur est arrivé, et avant comme ils m'avouent des vivres abondamment, il me semble qu'ils pouvaient tenir bien plus longtemps, et j'avoue que je la croyais (la place)

imprenable dans cette saison-ci... Enfin toutes réflexions sont inutiles l'affaire étant faite; mais cette affaire jointe

1) Stainville à Bernis, 20 décembre 1757. Archives des Affaires Etrangeres. (2; Prince Charles à l'Empereur, 26 décembre 1727. Archives de la Guerre. Vienne.

à notre situation me raccourciront mes jours par le cha grin que cela me donne. »

A Vienne les avis avaient été partagés sur le maintien d'un gros détachement à Breslau : l'Empereur trouvait 1 la garnison trop forte, ne pensait pas qu'on put la secourir, et se montrait fort inquiet du sacrifice éventuel d'un corps aussi nombreux. Mais à en juger par les conversations de Kaunitz rapportées par Stainville (2), le chancelier et probablement sa souveraine ne se placaient pas à un point de vue aussi pessimiste: ils attachaient une telle importance à conserver un pied en Silésie qu'ils auraient vu de très mauvais œil l'abandon de la capitale de la province, Kaunitz.repoussait bien loin l'évacuation des places-fortes que lui conseillait l'ambassadeur, et se flattait « de soutenir la guerre en Silésie jusqu'au mois de juin. » On s'imaginait que le roi de Prusse ne pourrait exireprendre le siège de Breslau qu'au printemps: d'iei À larmée impériale recrutée et rétablie serait en mesure de rentrer en Silésie, et appuyée sur la forteresse de Schweidnitz, d'interrompre l'opération, Ces calculs plausibles, que justitiaient les errements militaires de l'époque, furent déjoués par la promptitude et l'audace de Frédéric.

Le 7 décembre, surlendemain de la bataille de Leuthen, les Prussiens commencèrent l'investissement de Breslau ; le 13 leurs batteries ouvrirent le feu, Trois jours après, l'explosion d'un magasin à poudre entraina là chute d'une courtine et ouvrit une brèche pour l'assaillant. Le commandant autrichien, le général Sprecher. réunit aussitôt un conseil de gusrre dont tous les membres, à l'exception du général Beck, opinèrent pour entàmer des pourparlers. Ils aboutirent à une capulation si-

(1 L'Empereur au prince Charles, 10 decembre 1757. Lettre citée pat Arnetb. | (2, Stainville à Bernis, 12 décembre 17957. Archives des Affares Etran-

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