RAPPORT DE DAUN
ce Roi rien n'est presque impossible, ne se soucient pas de tout risquer pourvu qu'il exécute ce qu'il a en vue. Mais Votre Majesté a eu Le malheur d'avoir bien des revers pendant son règne, et le Seigneur l'a toujours aidée : ainsi Il n'abandonne pas Votre Majesté, et ce sont des revers qu'il envoie de temps en temps, pour après cela mieux faire sentir ses grâces! mais avec la religion que Votre Majesté a, et les prières de tout le monde, Votre Majesté verra encore que le Dieu des armées bénira ses armes... J'avouerai que le chagrin m'a accablé comme un autre; mais je n'y vois pas si noir et j'espère beaucoup. »
Ce fut done avec confiance que ce Prince annonca (1) son retour à la cour : « Quant à moi je compte partir après-demain pour me rendre à ses ordres et me mettre à ses pieds; ainsi j'espère le 6 avoir ce bonheur, 4 moins qu'il n'arrive quelque chose, à quoi je ne m'attends pas, car tout est tranquille dans ces environs à ce que mes rapports disent. »
Les appréciations du maréchal Daun étaient beaucoup plus sombres que celles de son collègue. Dans un long rapport (2) daté du 26 décembre, il fait un exposé de la situation actuelle et des perspectives de l'avenir. Sous l'intitulé : « Réflexions les plus tristes mais les plus importantes à faire pour tâcher de trouver le remède au plus grand mal », il groupe en “ chefs et discute successivement les raisons qui rendent les affaires presque désespérées. Ce qui reste de l'armée « se monte tout au plus à un pied de 30,000 hommes; les régiments sont réduits à des effectifs de # à 500 hommes sans cadres et dont beaucoup de malades »; les vides ne pourront être comblés que
(1) Prince Charles à l'Empereur, 3 janvier 1752. Archives de la Guerre. Vienne.
(2) Daun à l'Empereur, 26 décembre 1757. Archives de la Guerre. Vienne. Ce rapport est écrit en francais: nous en avons respecté les expressions, tout en corrigeant l'orthographe presque aussi fantaisiste que celle de l'Empereur.
par des recrues qui ne seront que des « paysans tra vestis, » Pendant Fhiver, les troupes tenues en alerte par les incursions des Prussiens ne pourront se refaire ni se réorganiser, L'ennemi sera en mesure de commencer là campagne de bonne heure, longtemps avant que les alliés ne soient prêts à porter secours. Cette Jérémiade finit par quelques mots où Daun s'exeuse de sa franchise : « Voilà, sire, un contenu bien éloigné à pouvoir se rendre agréable; mais selon molil ne convient pas de flatter ses sonverains, et dans les temps les plus critiques il faut leur parler le plus naïvement, par I ne rien cacher de la vraie situation... C'est vrai qu'il y a des gens qui voient toujours plus noir que les autres, duquel nombre je pourrai me trouver, du moins Je le souhaite dans cette occasion-ci. Trop heureux si les effets prouveront le contraire. »
Ce rapport, que confirmaient les récits et la correspondance de l'armée, dut faire impression sur l'esprit de l'Impératrice-Reine et de son époux; malgré leur tendre affection pour leur frère ils comprirent l'impossibilité de se mettre en travers de l'opinion militaire. Tous, depuis le soldat jusqu'au général, reportaient sur la tête du commandant en chef la responsabilité des désastres qui avaient marqué la fin d'année. Pour lutter contre le roi de Prusse, pour ranimer la confiance de l'armée, le salut de la patrie exigeait un autre généralissime. Dans une audience obtenue à son arrivée du quartier-général, Montazet avait fait à Marie-Therèse un exposé sincère de la situation € Faurais été le plus indigne des hommes, éerit-1l à Paulmy 1), si j'avais eu la moindre réserve et employé le plus petit déguisement dans tous les comptes que je lui rendis; et quelque pénibles qu'ils fussent pour son cœur, J'étais si affecté moi-mème de tout ce que j'avais l'honneur
(1) Montazet à Paulmy. Vienne, le 6 janvier 1758. Archives de la Guerre
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