‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 378 sur 385 · CONVERSATIONS DE STAINVILLE AVEC KAUNITZ · texte numérisé non relu

CONVERSATIONS DE STAINVILLE AVEC KAUNITZ

leurs projets sur le point où ils étaient par le premier traité de Versailles, et d'abandonner, par Impuissance et

par les malheurs qui étaient survenus, le traité secret. » Kaunitz ne se contint plus : « Il me dit avec colère que sa cour n'était pas accoutumée de faire un traité et de l'abandonner, que c'était La ruine de l'alliance. »

Nouvelle conversation le 26 : Au Français qui parle de l'impossibilité de remplir les engagements contractés par sa cour, Kaunitz réplique que les difficultés dont on argue, les embarras financiers qu'on invoque, auraient dû être prévus avant de signer. Un point surtout des demandes francaises avait mis le chancelier hors des gonds. Son interloeuteur l'avait entretenu d'un remaniement territorial qui serait accordé à la France en compensation des sacrifices de cette puissance, et d'un établissement pour l'Infant en remplacement des Pays-Bas dont il ne pouvait plus être question. Kaunitz de s'écrier : « Le goût pour la paix que marque la France... et en mème temps le désir apparent que vous, Monsieur l'ambassadeur, m'avez fait entrevoir pour l'établissement de l'Infant, me font craindre que le Roi n'ait le projet de nous faire faire la paix avec le roi de Prusse, et de tirer sur Les États de l'Impératrice les dédommagements des frais de la guerre. Si une pareille idée entrait dans les desseins du conseil du Roi, je dois déclarer que l'Impératrice n'y acquiescera pas sans y être forcée. Il serait cruel qu'une alliance aussi difficile finit par ôter à l'Impératrice de ses États, tandis que son adversaire le roi de Prusse n'aurait encore aucun avantage sur son territoire. » Puis le chancelier exhala en termes amers la déception que lui causait l'écroulement du grand œuvre si laborieusement édifié : « Vous verrez qu'aucun ministre ne s'est trouvé dans la position où je me trouve, et ne doit plus craindre d'avoir entrainé sa maitresse dans un précipice, quoique le motif qui m'y à engagé ne tendit qu'au bien des deux couronnes et de la tranquillité de l'Europe. »

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C'est avec raison que Choiseul coneluait en disant : « Quelle que chose que j'aie faite, je n'ai pas pu dissuader M. de Kaunitz de la crainte où il est depuis trois jours du peu de solidité de l'alliance. »

Des incidents fâcheux avaient éveillé à nouveau les soupeons que le chancelier autrichien avait déjà conçus sur la bonne foi du cabinet de Louis XV, On avait eu vent à Vienne de pourparlers récents entre la Prusse et la cour de Versailles. Frédéric par l'entremise de son frère, le prince Henri, et par le canal d'un général francais, venait de renouveler ses ouvertures pacifiques. Le comte de Maïlly, fait prisonnier à Rossbach, avait sollicité la permission de se rendre en France sur parole pour affaires pe-sonnelles: le prince Henri se prèta à ce désir et chargea ({, le voyageur de sonder son gouvernement sur les moyens de rétablir la paix. D'autre part le cardinal de Tencin, archevèque de Lyon, à linstigation de la marsrave de Baireuth, avait fait à l'abbé de Bernis des conimunications du mème genre. La coïncidence de ces intrivues mystérieuses avec les déclarations inattendues du ministre des Affaires Étrangères, qu'on ne pouvait supposer fortuite, était de nature à jeter le trouble dans des esprits déjà prévenus, et à inspirer la méfiance aux conseillers de Marie-Thérèse,

Nous avons la bonne fortune de posséder, en outre du récit que fit Choiseul de sa conversation avec Kaunitz, le résumé du même entretien rédigé par ce dernier (2). 'après cette relation, il semblerait que l'ambassadeur n'ait pas apporté dans ses propos la mesure et la prudence qu'on lui avait recommandées de Paris. Ce serait surtout sur la nécessité de modifier les stipulations du traité secret du 1" mai 1757, que Choiseul se serait étendu avec

t) Prince Henri à Frédéric, 18 novembre 1757. Frédéric au prince

Henri, 19 novembre 1757. Correspondance politique. Vol XVI, p. 40. (2) Kaunitz à Stabremberg, 28 février 1758. Archives de Vienne.

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