‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 379 sur 385 · CHOISEUL EXPOSE LES VUES NOUVELLES DE SA COUR · texte numérisé non relu

CHOISEUL EXPOSE LES VUES NOUVELLES DE SA COUR

une précision tout au moins prématurée, Il aurait commencé son exposé en supposant que l'Impératrice s'était résignée à renoncer au dépouillement du roi de Prusse, et par conséquent à l'échange des Pays-Bas contre la Silésie: cela étant, 11 était naturel que la France voulût mettre fin aux « frais immenses quiénervent le royaume, » Si la cour de Vienne persistait dans la lutte, elle devait reconnaître « que l'énorme subside épuise l'État en faisant sortir un argent immense du royaume; et comme vraisemblablement cet argent et la dépense excessive de l'armée d'Allemagne esten pure perte, il est indispensable, pour qu'il puisse être continué, d'assurer au Roi quelque avantage réel et ostensible qui ne fi sse pas lapider par le peuple le ministère du Roi, et que ce pourrait être le Luxembourg, Beaumont et Chimay; que c'était à moi à réfléchir sur la demande d'un nouveau traité; que lui l'ambassadeur le croit indispensable et, qu'il ose dire, plus utile à l'impératrice qu'au Roi, vu la tournure qu'ont prise les choses; qu'en cas done que l’on veuille songer ù la paix cette année, ce qu'il v avait de plas pressé serait de cimenter une alliance inviolable entre les deux cours, laquelle alliance serait fixée au terme de dix ans, la guerre continuant où la paix arrivant. » Puis, dans la suite de l'entretien, Choiseul aurait effleuré successivement les objets les plus variés, tels que la compensation à donner à l'infant en remplacement des Pays-Bas, les confidences du prince Henri de Prusse au comte de Mailly, l'avantage de mettre fin à la guerre, l'utilité d'une déclaration à faire à la Diète pour préparer les voies à une cessation d'hostilités; le tout assaisonné de proteslations de sympathie et de dévouement à la cause commune. « Si l'Impératrice veut continuer la guerre, ce qu'on ne désapprouverait pas, si Elle croyait pouvoir la faire avec apparence de succès, Elle pouvait ètre assurée que le Roine l'abandonnerait jamais; mais qu'il serait bon

de se souvenir que, st la guerre ne pouvait pas avoir Île but auquel elle à été destinée, elle se ferait à pure perte, quand même on serait en état de la soutenir sans grands risques. En un mot, conclut Kaunitz dans son récit, tout ce qu'il me dit dans cet entretien tendait à prouver qu'il convenait de tâächer de faire la paix à présent, et de ne point courir les risques de la campagne.

Nous voilà édifiés sur l'accueil que fit Kaunitz aux propositions de Bernis, voyons maintenant celui qu'elles reeurent de la souveraine, À la suite de ses conversations avec Le chancelier, Choiseul eut ane audience de Morie- Thérèse. I la trouva très affectée par le rapport de son ministre. Elle « m'a dit que son chagrin était très vif de voir que ma cour lui paraissait rebutée de la guerre: elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit... Si elle était seule, elle ne balancerait pas à continuer, mais elle était déterminée de ne rien faire qui pût préjudicier ou être contraire au sentiment de ses alliés; qu'ainsi, si le Roi regardait comme impossible la continuation de la guerre, qu'il faudrait bien qu'elle prit son parti en s'attendant à être attaquée de nouveau dans deux ans... Ce n'était pas l'appât de la Nilésie qui la faisait pencher à la continuation de la guerre, car elle regardait la possession des Pays-Bas comme beaucoup plus profitable et beaucoup plus honorable que la Silésie: que c'était uniquement pour la tranquillité de l'Europe et la sienne propre qu'elle avait cherché à diminuer les forces du monstre qui l’'opprimait (elle s'est servie de ce propre terme); qu'elle était si persuadée de la justice de sa cause que, si elle était toute seule, elle défendrait jusqu'au dernier village de ses Etats, mais qu'elle saurait sacrifier la douceur et le bien-être de sa vie pour ses alliés, et qu'elle s'en remettrait à Dieu de la venger du roi de Prusse puisque les hommes ne pouvaient rien contre ce Prince. » Faisant allusion au plan d'opérations venu de Paris, elle avait

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