‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 39 sur 385 · D'ESTRÉES ARRIVE A VIENNE · texte numérisé non relu

D'ESTRÉES ARRIVE A VIENNE

tons-nous à Vienne où Kaunitz essayait de se mettre d'accord avec d'Estrées sur les opérations de la campagne prochaine. L'envoyé choisi par la cour française, brave, méticuleux, consciencieux jusqu'à l'exagération, trop amateur de minuties, n'avait ni le doigté, ni le liant nécessaires pour réussir dans la mission diplomatique qui lui avait été confiée. Stahremberg le dépeint comme « homme d'esprit, réputé pour le premier militaire que l'on ait ici. I passe pour fort vif, mais M*° de Pompadour m'a dit que c'était une vivacité dont on n'avait rien à craindre ». Il était admis dans l'intimité du Roi; ses lettres de créance (1 le présentent comme « un ministre instruit à fond, et depuis longtemps, du caractère, des sentiments et des principes de Sa Majesté, qui par la longue habitud d'approcher le Roi familièrement et de le voir dans les moments où le monarque disparait et où l'homme se fait connaître, puisse se montrer tel qu'il est à Leurs Majestés Imptriales. » Après celte introduction. si flatteuse pour le négociateur, les instructions s'étendaient sur la tournure amicale que devaient prendre les pourparlers, sur Les gràces et le charme de l'Impératrice dont il aurait fallu se défendre, si on n'était pas persuadé que x la séduction qu'Elle voudra bien employer avec lui n'aura pour objet que le plus grand avantage des deux cours. » Puis ces généralités épuisées, le document officiel traitait en détail la question des secours; tout le nassage relatif an corps des 24,000 hommes n'était que la paraphrase du mémoire remis à Stahremberg à la suite du comité du 2 octobre. Les considérations stratégiques faisaient l’objet d'un rapport spécial, préparé sous la surveillance du maréchal de Belleisle.

D’Estrées fut recu par le Roi en congé le 20 octobre, alla prendre langue à Brunoy auprès des frères Paris, MM. de

(1, Mémoire pour servir d'instruction au comte d'Estrées, signé Louis, 19 octobre 1756. Affaires Etrangères. Autriche.

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Montmartel et Duverney (1), et arriva à Vienne le 10 novembre. Il eut aussitôt de Kaunitz deux audiences dont il adressa (2) un compte rendu détaillé et pittoresque. Dès la première entrevue, le général frança:s fut frappé de l'accueil glacial que son interlocuteur avait fait au projet d'agir sur le Bas-Rhin et dans le nord de l'Allemagne ; il n'avait pas été initié aux dernières discussions du traité secret, et ne savait rien des communications de Stahremberg à Bernis au sujet de la neutralité du Hanovre; cependant il ne fut pas longtemps à deviner la cause de la réserve de Kaunitz. « je vous avoue, Monsieur, écrit-il, que j'avais un furieux penchant à croire que le froid pour les propositions que j'avais faites, venait de quelque envie de ménager l’Électorat de Hanovre. » Il consulta le chargé d’affaires, Ratte, et apprit de ce dernier les bruits qui couraient sur les démarches de Steinberg, représentant du Hanovre à Vienne.

Dans une nouvelle conversation avec le chancelier, d'Estrées prit le taureau par les cornes et fit part de ses soupçons à propos de l'Électorat. « Il faut donc, me dit M. le comte de Kaunitz, parler franchement puisque votre cour ne vous a pas informé de ce qui s’est passé à ce sujet. » Le ministre de Marie-Thérèse raconte les propos de l’envoyé hanovrien qui avaient été aussitôt transmis à Paris; puis, envisageant l’éveutualité d’une invasion du Hanovre par les Français, il affirme que l’Impératrice ne s’y opposerait pas; « mais ii faut choisir le temps, et si vous prenez le moment présent, cela va former une armée considérable pour défendre cet Électorat, ce qui rctardera nos autres opérations qui doivent être surtout dirigées contre le roi de Prusse. » — « Tant mieux, répond d’Estrées, que nous ayons à pottée de nous les Hanovriens; nous les

(1) Bernis à Paris Duverney, 18 octobre 1756. Correspondance du Cardinal de Bernis avec M. Paris Duverney.

(2) Estrées à Rouillé, 13 novembre 1756. Affaires Étrangères. Autriche.

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