LA COUR DE FRANCE RÉSOLUE A CONTINUE" LA GUERRE
toujours été de suivre invarisblement le parti que l'Impéatrice avait décidé », et termine ainsi : « En conséquence du senument de l'Impératrier, le Roï est résolu de faire la euerre, non seulement cette campagne aveg toutes ses forces, mais encore de la continuer tant que la sûreté de ses alliés et les intéréts de l'alliance l'exiseraient. »
La missive oflicielle conclut par un résumé plein de promesses et de décisions viriles : « Le résultat de cette longue dépèche est, Monsieur, que le Roi ne traitera jamais avec le roi &c Prusse que lorsqu'il ÿ sera invité par l'Impératrice inème; qu'il fer. pour l'accomplissement du traité secret les mèmes efforts que s'il était assuré de son exécution; que l'objet des Pays-Bas ne lui parait rien en comparaison de borner la puissance du roi de Prusse et de maintenir son alliance avec l'Impératrice: qu'il ne retirera son armée de l'Allemagne que par la force majeure ou parce qu'il serait d'accord avee Leurs Majestés impériales ; qu'il n'est pointiquestion aujourd'hui de cette retraite sur le Rhin, et qu'on espère que les cas qui pourraient y forcer n'arriveront pas: qu'il fera marcher le plus tôt possible 24,000 hommes en Bohème; qu'il paiera le plus exactement que faire se pourra le subside annuel, et que les arrérages seront également assurés à l'Impératrice, quelque chose qui arrive; qu'il espère en retour de tant d'amitié que Leurs Majestés Impériales rendront toujours justice à sa bonne foi. et seront toujours persuadées qu'il ne se départira jamais que par une force supérieure des engascments qu'il a avee Elles, et que même dans ce cas il compte que l'alliance n'en serait pas moins ferme et constante, quoique plusieurs des objets qu'on y avait eus principalement en vue n'eussent pas été remplis par des obstacles insurmontables. »
Il serait oiseux de relever la contradiction absolue entre les instructions prudentes et réservées dont Choiseul avait
été l'interprète embarrassé dans les entrevues de Vienne,
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et les engagements si larges, si désintéressés qu'on pre-
nait aujourd'hui. Si la seconde manière fait honneur à là galanterie et au cœur de l'aimable souverain qui présidait aux destinées de la France, elle justifie une fois de plus aux yeux de la postérité la réputation de légèreté et d'imprévoyance qui s'attache à sa mémoire. Louis XV ne manquait à l'occasion ni d'intelligence, ni de jugement: dans un éclair de bon sens il s'éiait rendu compte des daners qui menacaient son royaume, 1l avait écouté les sages conseils de son entourage; mais 1l avait suffi d’un appel à son amour-propre de Roi, d'un plaidoyer éloquent de sa gracieuse alliée pour qu'il se lancât de nouveau avec elle dans des aventures dont on n'osait plus espérer le succès, et au bout desquelles on commençait à entrevoir la perte des colonies et la ruine du pays. Bernis, tout en s'inclinant devant la volonté du Roi, n'avait pas modilié sa pensée intime. Dans un billet particulier (1) qui porte la mème date que sa lettre cflicielle, il écrivait à Choiseul : « La peinture que je vous ai faite de notre état n’est point changée: au contraire il n'v a point ici de gouvernement, de nerf, ni de prévoyance. Je soutiens la machine politique par artifice; mais comme je ne suis que le résultat des autres départements, mes peines et mes soins sont inutiles. J'ai du courage comme un lion, mais non comme Don Quichotte, et je ne sais pas me battre contre les moulins à vent. »
Avec sa versatilité habituelle, Bernis n'eut pas l'énergie de défendre son opinion contre le revirement de son monarque; courtisan avant tout, il se résigna à servir une politique qui n'était plus la sienne et dont il apercevait clairement le péril. Mieux édifié sur la situation, plus au courant que son maitre, il ressort plus responsable et partant plus coupable.
(1) Bernis à Stainville, 9 février 1758. Masson. Memoires du cardinal de Bernis.
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