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ENTRETIENS DE D'ESTRÉES AVEC KAUN'TZ

attaquerons et nous les battrons. Ils seront de moins en Angleterre et nous y tenterons une descente. Vous convenez que les Anglais en ont peur : c’est donc les jeter dans de grandes dépenses que de les obliger à renvoyer les Hanovriens et les Hessois, et à lever des troupes nationales pour se défendre eux-mêmes, ce qui lui ôtera les moyens de secourir aussi fortement leurs possessions aux Indes et du côté du Canada. » Sur la possibilité d’une descente en Angleterre, s'engage un dialogue auquel Kaunitz met fin en s’écriant : « Vous savez qu'aux termes du traité de Versailles nous ne devons prendre aucune part à la présente guerre de la France avec l'Angleterre, que nous ne vous appellerons que comme auxiliaires à l’Empire, et que par conséquent nous ne devons pas nous servir de nos troupes auxiliaires pour attaquer Hanovre, ce qui ferait un mauvais eflet dans l'Empire. » — « A la bonn: heure, répliquai-je, que les troupes de Leurs Majestés Impériales ne s'en mêlent pas; mais personne ne peut trouver à redire dans l'Empire que uous attaquions l’auteur de la présente guerre, et celui qui la soutient par l'argent qu'il donne au roi de Prusse; que l'ennemi le plus dangereux est un ennemi caché. et que celui qui a donné un million de livres sterling au roi de Prusse, à mon avis doit être regardé comme un ennemi aussi dangereux que Sa Majesté Prussienne. » M. le comte de Kau-

nitz prenant alors la parole me dit : « Mais nous n'avons :

pas de connaissance que l'Électorat d'Hanovre ait donné ce million sterling. » — « Cela est dit dans la Gazette de (e] France, riposte d’Estrées, et j’ai lieu de croire que puisque le ministère a permis que cela y füt inséré, il croit que cela est vrai. Je n’ai pas eu occasion de demander si cela est ou non; mais jusqu’à ce que ‘’aie des preuves J

du contraire, je me crois autorisé à regarder cette nouvelle comme vraie. »

Kaunitz ne chercha pas à ébranler la foi aveugle du

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brave général dans les avis des gazettes officielles, mais il le pria de ne pas donner l'alarme mal à propos sur une négociation en cours, et passa à un autre sujet. « Après cinq quarts d'heure de conversation qui n'a pas langui, conclut d'Estrées, nous nous sommes séparés en amitié et confiance, car je crois qu'il m'a parlé vrai; en sortant de son cabinet il m'embrassa me disant : On n'en.dit pas ordineirement autant en trois semaines. »

Si, à la suite de cette entrevue, comme il faut le supposer d’après le compte-rendu, l'impression du Français fut favorable, il n’en fut pas tout à fait de même dans l'esprit du chancelier dont la susceptibilité avait été éveillée par la franchise trop miüitaire de son interlocuteur. « Il a exposé son plan, écrit Kaunitz à Stahremberg (1), dans des termes cependant qui m'ont engagé à lui faire observer que nous comptions qu’il venait, non pas pour prescrire, mais pour concerter. » Dûment averti par les boutades de d’Estrées, et sans attendre le mémoire que ce dernier lui avait promis, le ministre de Marie-Thérèse prit ses mesures pour combattre à Paris (2) les projets de compagne du gouvernement français.

Peu de temps après son escarmouche avec Kaunitz, l’envoyé de Louis XV eut une audience (3) de Marie-Thérèse. Tout d'abord, la souveraine fit porter l'entretien sur les bonnes relations des deux cours et sur la part que son chancelier avait prise à la fondation de l’alliance : « Le traité de Versailles, me dit l'Imp‘ratrice, est son ouvrage; ce qui lui fait d'autant plus d'honneur que tout le monde croyait cette réconciliation impossible, et malgré le désir égal que nous en avions, l'Empereur et moi, nous n'’osions nous en flatter. » Je répondis : « Le Roi désirait cette union

(1) Keunitz à Stahremberg, 13 novembre 1726. Archives de Vienne. (2) Kaunitz à Stahremberg, 14 novembre 1756. Archives de Vienne. (3) Estrées à Rouillé, 16 novembre 1756. Archives des Affaires Etran-

gères.

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