‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 5 sur 385 · PLANS DE FREDERIC · texte numérisé non relu

PLANS DE FREDERIC

des avantages qu'il avait en mains. Frédéric n’attendait que la réponse de la cour de Vienne pour agir; aussitôt qu'elle lui parvint, il donna l'ordre de franchir la frontière saxonne située à quelques lieues de Berlin, et par conséquent beaucoup plus rapprochée qu'aujourd'hui de la capitale prussienne. Le roi dirigea la marche des trois fractions dont se composait son armée sur Pirna, ville qui °d après ses renseignements avait été indiquée pour la concentration des troupes électorales du roi de Pologne. L’aile droite sous le commandement du Prince de Brunswick, dont le point de départ était Halle, reçut l’ordre d'occuper Leipsick et de gagner la vallée de l’Elbe en passant par Chemnitz, Frevberg et Dippoldiswalda. La division centrale, avec laquelle se tenait le roi, dut passer les limites à Jüterbock le 29 août, et après avoir pris possession de Wittemberg et Torgau, marcher par Strehlen et Lommatzch sur Wilsdruf, et se rendre maitresse de Dresde. L’aile gauche sous le prince de Bevern traverserait la Lusace, et déboucherait sur la rive droite de l’Elbe vers Lohmen, où elle donnerait la main aux autres corps. Quelque invraisemblable que cela puisse paraitre, l’entrée en Saxe des colonnes prussiennes fut presque une surprise pour la cour de Dresde. Auguste II, peu doué de la nature, indolent, incapable de prendre une décision, aussi amateur de fêtes qu'insouciant de la politique et du militaire, se mêlait peu d’affaires et ne les envisageait que par les yeux de son premier ministre, le comte de Brühl. üe dernier, plus intelligent mais aussi paresseux que son maitre dont il partageait les goûts et les plaisirs, se refusait à voir le danger que ses agents lui dénoncaient de toutes parts; il restait sourd aux avertissements qui lui venaient de Berlin et aux conseils des représentants des cours amies, : armi lesquels figurait au premier rang le comte de Broglie, ministre de France à Dresde. Soit par optimisme poussé jusqu’à d’exagération, « impossi-

bilité de trouver les ressources financières nécessaires pour la mobilisation de l’armée et la mise en état des forteresses , il négligea les précautions les plus élémentaires. En vain le maréchal de Rutowski, comma&idant des forces de l'Électorat, et le chevalier de Saxe attirèrent-ils l'attention ‘sur la pénurie des magasins et sur le dénûment des soldats; on se contenta de rappeler de la frontière les détachements les plus exposés, et de décider la réunion de quelques approvisionnements à Dresde et à Pirna. Ces ordres donnés les 23 et 24 août, on ne put trouver dans les caisses du trésor les 4,000 thalers indispensables pour les premiers déboursés, et il fallut avoir recours à la cassette privée du roi (1). Brühl, influencé peut-être par les avis que le comte Fleming, son ministre à Vienne, lui avait rapportés de cette cour, ne croyait pas à un conflit immédiat entre la Prusse et l'Autriche, ct craignait par des mouvements de troupes de donner à son dangereux voisin "in prétexte d'intervention. Persuadé que les hostilités n'éclateraient pas avant l’année suivante, il s’en remettait au temps et à la Providence du soin de prémunir les États électoraux de son maitre contre une attaque éventuelle.

A la date du 28 août, c’est-à-dire le jour même de la mise en marche des Prussiens, le premier ministre écrivait (2) à M. de Bülow, envoyé de Saxe à Berlin : « Au reste, quelque gros et sérieux que soient les préparatifs des deux côtés, nous nous flattons toujours de l'espoir qu’on n'arrivera pas à la rupture, car d’un côté le roi de Prusse assure qu'il ne désire que le maintien de la paix, ses préparatifs ne sont que des mesures de défense; de l’autre, l'Impératrice affirme au comte Fleming qu’elle ne souhai-

(1) Vitzthum, Geheimnisse des Sachsischen Cabinets, vol. I, p. 885. — Aster, Kriegswirren zwischen Preussen und Sachsen, 1756. — Voir dans ces ouvrages le récit détaillé de l'invasion de la Saxe et de la capitulation de l'armée saxonne.

(2) Brübl à Bülow, 28 août 1756, lettre ‘citée par Vitzthum.

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