ACCORD SUR LES OPÉRATIONS MILITAIRES
Quelques jours après, nouvel échange dé documents (1). À Kaunitz qui s'écrie : « Mais si nous nous jetons dans une guerre d'écritures nous ne finirons plus », le Français riposte : « Ce.n'est pas ma faute, vous avez pris ce chemin où j'ai sûrement un grand désavantage, mais il faut bien le suivre malgré moi. » Enfin, voulant aboutir, le chancelier fait une concession importante : « Si le Roi voulait soudoyer les 4,000 Bavarois, et nous donner 6,000 Wurtembourgeois dont 3,000 sont déjà à sa solde, nous ne demanderons plus les 23,000, et dans ce cas le Roi ferait marcher les 70,000 sur l’Elbe. » D'Estrées qui était décidément d'humeur belliqueuse, et qui parait avoir pris goût à cette bataille de notes, hésite à accepter l'offre, et conseillerait volontiers de gagner du temps avant de donner une solution définitive. « On garde ici les mémoires des 15 jours; on peut fort bien sans mériter des reproches en faire autant à Versailles... Cette cour-ci a perdu tant de temps inutilement à délibérer, que peut-être sera-t-il préférable de ne plus penser à marcher sur l’Elbe. En ce cas, on pourrait répondre que les 24,000 hommes seront prêts, et que le reste des armées du roi agira offensivement contre les possessions du roi de Prusse, vers le Bas-Rhin et vers le Weser, suivant les circonstances, et le plus tôt possible. »
Enfin , et en dépit des tergiversations du général français, on parvint à s entendre. Dans sa dépêche du 14 janvier (2) d’Estrées annonce son succès : « Me voilà venu au point de finir à peu près comme lé Roi l’a désiré. Dans un cas (si la neutralité est refusée), il marchera 10,000 Bavarois et Wurtembourgeois; dans l’autre, seulement 3,000. » Un mémoire de la cour de Vienne, reproduisant l'accord intervenu, fut transmis à : Versailles et donna lieu à une
(1) Estrées à Rouillé, 12 janvier 1757. Archives de la Guerre. (2) Estrées à Rouillé, 14 janvier 1757. Archives de la Guerre.
réponse rédigée par Belleisle. « Après une très longue conférence avec M. d'Argenson et l’abbé de Bernis, écrit le maréchal (1), je me suis chargé de faire un rapport qui en constate le résultat. » Dans cette pièce, on examine compendieusement, cela va sans dire, la question générale sous tous ses aspects, puis on étudie successivement les hypothèses du rejet ou de l'acceptation du projet de neutralité du Hanovre. Sur un seul point une modification à l'accord de Vienne avait été introduite à la demande de Stahremberg ; dans l’un et l’autre cas, le contingent fourni à l’Autriche serait porté à 10,000 hommes.
En attendant le retour de d'Estrées qui venait d’être promu maréchal de France, le commandement provisoire de l’armée du Rhin avait été donné au prince de Soubise. Les réquisitions nécessaires avaient été adressées aux princes allemands dont le territoire devait être traversé ; la première moitié des troupes devait laisser ses garnisons dans le courant de mars, et la marche serait réglée de manière à faire arriver 52 à 53,000 hommes à Dusseldorf du 25 au 30 avril. La seconde moitié atteindrait le Rhin peu de temps après; l'arrière-garde y serait vers le 15 mai; on pourrait ouvrir les tranchées devant Wesel (2) vers le 10 de ce mois, « l'artillerie devant être prète plus tôt que les troupes. » Belleisle terminait ccs renseignements par les mots suivants : « J'ai tâché de tout prévoir avec la mème affection que si je devais moi-même commander l'armée. tout ce que je désire est que vous puissiez incessamment quitter Vienne et vous rendre ici. »
Malgré cet appel pressant, d’Estrées ne partit de la résidence impériale que le 1°" mars; il consacra les dernières semaines de son séjour à négocier de concert avec ses collaborateurs, le brigadier de Vault et le commissaire
‘1) Belleisle à Estrées, 2 février 1757. Archives de la Guerre. (2) Place fortifiée'sur le Rhin appartenant à la Prusse,
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