‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 49 sur 385 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

NÉGOCIATIONS AVEC L'AUTRICHE ET LA RUSSIE. — CONFLIT AVEC LE PARLEMENT. — CONCLUSION DU TRAITÉ OFFENSIF DE VERSAILLES.

Pendant qu’on cherchait péniblement à se mettre d’accord à Vienne sur les opérations de la prochaine campagne, Stahremberg poursuivait à Versailles la négociation du traité secret qui devait cimenter et développer l'alliance déjà existant entre les deux cours.

Le projet rédigé avec tant de soin par l’envoyé de Marie- Thérèse, et remis par lui à Bernis après le retour de la cour de Fontainebleau, fut discuté longuement par le ministère français. Comme conclusion d'un examen qui ‘avait duré Six semaines, Bernis prépara une réponse en forme de contre-projet, qu'il accompagna d’un billet à Stahremberg. « Nous disons, lui écrivait-il (1), notre dernier mot sur les objets essentiels ; nous avons cédé tout ce que la prudence et la justice nous permettent de céder. j'ai l'honneur de vous parler, non en négociateur, mais en homme de bon sens qui tâche de voir et de prévoir les événements possibles; mandez-moi de vos nouvelles; je ne veux point vous faire parler, je veux vous laisser le temps de réfléchir. »

De telles précautions de langage devaient cacher des

(1) Bernis à Stahremberg. Lettre jointe à la dépêche de ce dernier en date du 21 décembre 1756. Archives de Vienne.

divergences sérieuses dans les vues des deux gouvernements, aussi Stahremberg ne cherche-t:il pas à dissimuler le désappointement que lui cause le document français (1) : « Je m'étais attendu à la vérité que l’on ferait de grands changements au projet que j'ai remis... mais je n'aurais, je l'avoue, jamais imaginé qu'on nous ferait des propositions ai peu convenables. » Son dépit se traduit même par la critique de la rédaction de la pièce : « On ne reconnait pas dans cet ouvrage l'esprit de son auteur; il est vrai qu'à le bien prendre ce n'est pas l'ouvrage de l'abbé de Bernis (2), mais celui de tous les ministres ensemble. On y à travaillé dans les fréquents comités qui ont été tenus à ce sujet; chacun y a voulu ajouter quelque chose, suggérer quelque expédient, trouver quelque expression plus significative; et c'est de là qu'il est arrivé qu'on nous présente un amas de conditions sans ordre, sans tournure, contraires à ce qui avait été convenu jusqu'à présent, ainsi qu'au principe de réciprocité établi, à la justice et mème au bon sens. »

C'était l'égalité de traitement de la Prusse et de l’Angleterre par les deux contractants, qui était comme par le passé le principal obstacle. Avec toute apparence de logique, les négociateurs français demandaient à l'Impératrice d'agir à l'égard du royaume insulaire comme leur cour agissait vis-à-vis de la Prusse. On avait rompu avec le roi Frédéric : que la cour de Vienne en fit autant avec le roi George. A cet effet, ils avaient introduit dans le préambule du projet des passages où l'on accusait l'Angleterre « d’être une des causes principales de la guerre qui vient de s'allumer dans l'Empire » ; on affirmait qu'il était de notoriété publique « que le roi de Prusse n'aurait osé commettre une agression si manifeste sans l'aveu et le con-

(1) Stahremberg à Kaunitz, 21 décembre 1756. Archives de Vienne. (2) Bernis s’altribue la préparation et la rédaction de ce contre-projet. Mémoires, vol. 1, p. 310.

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