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LA COUR DE RUSSIE SE PLAINT DE BROGLIE

représentant de Marie-Thérèse; mais dans le principe celui-ci avait seul (1) qualité pour signer, et avait été investi à cet effet des pleins pouvoirs du Roi Très Chrétien. Dans les dépèches de Rouillé à Douglas, si on ne parlait pas encore de la Porte que le ministre parait avoir tout d’ahord oubliée, il était par contre question de ménagements à l'égard de la Pologne (2). De son côté, le comte de Broglie ne s'était pas contenté de donner des conseils par lettre à Douglas (3), mais avec son exubérance ordinaire, avait tenu à ses collègues russe et autrichien, Messieurs äe Gross et Sternberg, des propos imprudents aussitôt reportés à Pétersbourg et à Vienne. L'ambassadeur, écrivait Gross (4), avait « fait comprendre assez clairement à M. de Sternberg que sa couronne ne nourrait renverser son ancien système en Pologne, et se rétracter sur les assurances qu'elle avait données à ses amis dans cette répubiique. » Il avait même été jusqu'à dire que le passage des Russes en Pologne le mettrait « hors d'état de cultiver avec moi (Gross) la présente bonne intelligence. » Un tel langage, que venaient confirmer les remontrances de Rouillé, dont Douglas avait été obligé de se faire le timide interprète, devait donner à penser à la cour de Russie. Celle-ci se décida à formuler une plainte officielle (5) sur l’attitude du comte äe Broglie et de son collaborateur Durand ; mais avant que le rescrit impérial ne parvint à Paris, Stahremberg, stylé par les instructions de Kaunitz et par les confidences de son beaufrère Sternberg à Dresde, avait agi auprès des ministres.

(1) Douglas ne fut accrédité officiellement qu’en acût 1756.

(2) Rouillé à Douglas, 23 septembre, 11 octobre 1756. Affaires Étrangères. Russie 1755-1756. Supplément 8.

(3) Broglie à Douglas, 9 novembre 156. Affaires Etrangères. Russie 1756- 1757. Supplément 9.

(4) Relation de Gross. Dresde, 22 et 11 octobre 1756. Affaires Étrangeres. Russie 1755-1756. Supplément 9.

(5) Rescrit impérial, 16 novembre 1756. Affaires Étrangères. Russie.

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Rouillé fut contraint de mettre une sourdine à sa politique trop polonaise , et dut écrire (1) à Douglas, Durand, Broglie et Vergennes (2), que « malgré les précédents le Roi ne s'opposerait pas au passage des Russes en Pologne, à cause de la nécessité de l’Impératrice, et pour ne pas entraver son action. »

S'il céda sur la Pologne, Rouillé prit sa revanche du côté de la Porte Ottomane. Dans le nouvel arrangement projeté entre la Russie, l'Autriche et la France, les mandataires de la Tzarine demandaient l'insertion d'une clause gaantissant les possessions de leur souveraine contre tout adversaire. Signer un article pareil, c'était prendre parti pour la Russie contre le vieil allié Ge la France, la Porte. Averti par les avis de Constantinople du mauvais effet que produirait une stipulation de ce genre, le ministre des Affaires Étrangères donna l'ordre (3) à Douglas d'exiger une réserve explicite à l'égard de la Porte : « La France ne veut pas s'engager à fournir des secours contre elle. » Quant au traité que l'Autriche négociait à Pétershbourg, on entendait s'en désintéresser. « Sa Majesté n'étant point en guerre contre ie roi de Prusse, et ne devant agir que comme auxiliaire et comme garante du traité de Westphalie », c'était « aux ministres des deux Impératrices à faire leur convention dont ils voudront bien nous faire part quand elle sera finie. »

il est probable que le ministère francais n'eût pas motré. la mème insouciance s’il eùt été au courant des propositions russes et de la réponse de l'Autriche. Les chanceliers moscovites réclamaient pour leur pays, comme part des dépouilles communes, la Courlande et la Samogiie ;

(1) Rouillé à Douglas, 20 novembre 1756. Affaires Étrangères. (2) Ministre de France à Constantinople.

(3) Rouillé à Douglas, 20 novembre 1756. 23 novembre 1756. Affaires

Étrangères.

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