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NÉGOCIATIONS ENTRE L’AUTRICHE ET LA RUSSIE

ces provinces seraient détachées de la Pologne qui recevrait en échange la Prusse ducale.

Kaunitz (1), peu désireux d'accroitre la puissance de l'empire du nord, inquiet de l'accueil que réserverait le gouvernement de Louis XV à l'échange indiqué, chercha à se tirer d'affaire en offrant d'inscrire dans le traité la promesse d'appuyer, lors de la paix prochaine, la revendication 42 la Russie; puis il mit en avant l'idée bizarre de constituer la Prusse ducale en fief pour le second fils de l'Impératrice , sous la suzeraineté du roi de Pologne. Fort heureusement pour l'entente générale, Esterhazy prit sur lui de ne pas sonc.er la Russie sur le projet relatif à l'établissement de l’Archiduc Charles.

Mais entre temps, Stahremberg était sur les épines. Bernis, s'appuyant sur l’article secret du traité de Versailles, lui avait demandé communication du projet sur le tapis à Pétersbourg./L’Autrichien s'était excusé de son mieux : il ne s'agissait que de renouveler le traité de 1746; on devait attendre la réponse russe. « Tout cela, convient-il (2), n’a guère fait d'impression. Je me sais bon gré d’avoir pris le parti de donner au ministère d'ici quelques éclaircissements sur ce qui se passe entre la Russie et nous, car s'il était arrivé que M. le comte Esterhazy fût parvenu à conclure la convention projetée, sans que la France en eût été prévenue, ou que la cour d'ici ait appris d'autre part qu’il était question de tcile chose sans en avoir été préalablement informée par nous, je ne serais jamais plus parvenu à apaiser son mécontentement... Je ne saurais assez représenter à Votre Excellence toute l'importance dont il est de cacher soigneusement à la France les vues ü'agrandissement et de conquête de la Russie, qui, si elles étaient connues de

(1) Voir pour toute celte négociation Arneth, vol, V, chapitre nr. (2) Stahremberg à Kaunitz, 21 décembre 1756. Archives de Vienne.

la cour d'ici, gâteraient certainement toutes nos affaires. »

Four conjurer un tel danger, Stahremberg prend ses précautions; il s'entend d'abord avec le chargé d'affaires russe Becktieff, puis il obtient la permission de catéchiser le marquis de Lhopital, nommé à l'ambassade de Pétersbourg, et qui vient de recevoir ses instructions. Il lui confie (1) ce qu'il croit indispensable des objectifs poursuivis dans les pourparlers entre la France et l'Autriche; mais il ne s’en est trnu absolument qu’ « à l'écorce, et ne lui a dit que ce qu'il était nécessaire qu'il sût pour que son langage fût conforme à celui de M. le comte Esterhazy. » Avec les mèmes restrictions, il met le diplomate français au courant de la négocietion en cours à Pétersbourg. Cependant, malgré toute sa vigilance, le représentant de Marie-Thérèse demeure inquiet; on vient de lui montrer un mémoire de M. Rouillé, demandant à la cour de Russie de tranquilliser les Polonais du parti français sur les suites de la traversée du pays par les armées moscovites. Cette pièce ne lui plait guère; elle « est de la facon du comte de Broglie. Je suis parvenu à y faire par trois fois des changements si considérables, que je puis assurer que si on l'avait laissée dans la première forme que le comte de Broglie lui avait donnée, il en serait résulté certainement les inconvénients les plus fâcheux. Il y régnait d’un bout à l’autre un ton impératif tel qu'on pourrait l'employer vis-à-vis d’une puissance entièrement dépendante de la France, ct on finissait par la menace que M. de Broglie avait déjà faite à M. de Gross, qui est qu'au cas de refus de la déclaration qu'on demande à la Russie, la France ne pourrait se dispenser d’aviser, de concert avec la Porte, aux moyens de pourvoir à la tranquillité, et d'assurer les libertés de la Pologne. J'ai eu toute la peine du monde à faire retrancher ces ex-

(1) Stahrembers à Kaun:{z, 31 décembre 1756. Archives de Vienne.

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