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MÉMOIRES DE BROGLIE SUR LES AFFAIRES DE POLOGNE

en Pologne, craignait avec raison l'immixtion des Russes dans le gouvernement de ce pays, et voulait donner au parti francais un appui sérieux contre un danger de cette nature. Il rédigea sur les affaires de Pologne trois longs rapports dont la conclusion était de s'opposer au passage des Russes sur le territoire de la République, et subsidiairement, si cette opposition était insoutenable, de réclamer à l'Autriche et à la Porte Ottomane des garanties contre l'intervention de la puissance du nord. La siluation était délicate : Les.amis de la France, qui s’intitulaient patriotes et qui étaient dirigés par le prince Potocki, étaient disposés à se constituer en confédération pour résister aux agissements de la Russie. Or, comme le disait Rouillé (1), « une confédération occasionne une reconfédération, ce qui produit une guerre civile », et dans le cas présent, « même sous le nom de neutralité, elle aurait l'air d: s'opposer aux secours dont le roi de Pologne a besoin. » On se mit donc d'accord sur la nécessité de calmer l’effervescence des Polonais, mais on se divisa sur les moyens d'agir sur la Russie. « Je vous confierai, écrit Broglie à Durand (2), que... j'étais d'avis que nous exigeassions des déclarations de la part de ia Turquie, qui auraient annoncé qu'au cas que la Russie ne se conformât pas à ce que nous lui demandions, les Turcs prendraient les mesures convenables pour l'y obliger. Cette tournure à paru trop ferme, et on a craint qu’on la regardât comme une marque de méfiance qui aurait pu choquer dans un commencement d'union. Cette réflexion ne m'aurait pas persuadé, si j'avais été le maitre de décider la question. »

>omme on l'a vu, les passages incriminés disparurent à la demande de Stahremberg, et le mémoire, adouci et

(1) Rouillé à Durand, 21 janvier 1757. Affaires Étrangères. Pologne. (2) Broglie à Durand, 19 janvier 1757. Pologne 1756-1758.

amendé (1), fut expédié à Pétersbourg, Varsovie et Constantinople. Dans ce document, Rouillé demandait aux ministres de la Tzarine l'affirmation qu'elle ne se mélerait pas des affaires intérieures de la Pologne, et qu'elle empécherait toute initiative de ses partisans äans la République. En échange de ces assurances, le gouvernement francais promettait de décourager toute tentative de confédération de la part de ses amis polonais, et de les engager à n'apporter aucune entrave à la marche de l’armée russe.

Le courrier porteur de la note de Rouillé se croisa avec le commercant français Michel, diplomate amateur, ayant déjà joué un rôle lors du premier voyage de Douglas, qui apportait l'acte d’accession de la Tzarine au traité de Versailles. Ainsi que nous l'avons dit, la haute direction de cette négociation spéciale avait été confiée à l’ambassadeur autrichien Esterhazy, sau! pour Douglas à surveiller les intérèts français. Notre chargé d’affaires, un peu grisé par le succès de sa mission, préoccupé avant tout du rétablissement de la bonne entente entre sa cour et celle du nord, très reconnaissant pour l'appui que l'envoyé de Marie-Thérèse lui avait prèté, ne sut pas résister à la pression de son collègue, et malgré les ordres formels de Paris, céda sur le point capital de la Turquie. La convention qu'on avait signée à Pétersbourg , le 11 janvier 1757, excluait bien la Porte ottomane de la réciprocité défensive à laquelle s'étaient liées les puissances contractantes: mais par une déclaration sécrétissime, le cabinet francais s'engageait, en cas de guerre entre la Turquie et la Russie, à fournir des secours en argent à cette dernière. Douglas, dans la dépèche (2) qui accompagnait l'envoi de la pièce diplomatique, expliquait qu'il avait consenti à cette clause (1) Rouillé à Douglas, Durand, Vergennes, 27 janvier 1757. Affaires Étran-

gères.

(2) Douglas à Rouillé, 15 janvier 1757. Affaires Étrangères. Russie 1757.

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