EXCLUSION DE LA PORTE DU TRAITÉ D'ACCESSION
« pour céder à la nécessité des circonstances, pour complaire au souhait de l’Impératrice qui le désirait, et pour ne pas compromettre ni désavouer l'ambassadeur de Vienne qui avait proposé cette même déclaration secrète par ordre de sa cour, en assurant positivement qu'elle était de concert avec vous et que la déclaration agréait au Roi. »
Stahremberg, admirablement renseig é par sa cour, avait prévu l'effet que produirait l'article secret ajouté par Esterhazy : « Je m'attends présentement, écrit-il (1), à de nouvelles scènes par rapport à l'accession de la Russie au traité de Versailles, au cas que cette accession ait été faite dans la forme que l’annoncait M. le comte Esterhazy. Je crains fort qu'on refusera ici de ratifier l’article séparé par lequel la France devait s'engager de donner à la Russie, dans le cas d’une guerre contre la Porte, des secours en argent; on insistera toujours ici sur l'exception pure et simple de la Porte, telle qu'on a fait promettre à la cour ottomane qu'elle se ferait. C'est encore une faute impardonnable à M. Rouillé, et à laquelle il était impossible de s'attendre, que d’avoir négligé de donner au ministre chargé de négocier l'accession, des instructions sur un point qui tient si fort à cœur à sa cour. Il tâchera sans doute de rejeter la faute sur M. Douglas, mais elle est certairement tout entière à lui. »
Le 7 février, Michel arriva a Paris apportant la clause secrète avec les explications de Douglas. Elles n'eurent aucun succès. « Je ne puis vous dire, Monsieur, écrit Rouillé (2), quelle a été ma surprise en voyant la déclaration dite sécrétissime que vous avez pris sur vous de signer en même temps que l'acte d’accession. Votre lettre du 27 décembre annonçait le contraire si positivement, que Sa Majesté ne pouvait pas douter que cette affaire ne
(1) Stahremberg à Kaunitz, 31 janvier 1757, Archives de Vienne. (2) Rouillé à Douglas 16 février 1757. Affaires Etrangères. Russie 1757.
se terminât d’une facon convenable, et vous avez détruit toutes les espérances d’un seul trait de plume... Tout ce que vous alléguez ne peut justifier une démarche que vous avez bien prévu devoir être désagréable à Sa Majesté, et je ne puis vous dissimuler qu'Elle est extrèmement mécontente. Le Roi, invariable dans ses principes, a ratifié l'acte d’accession, mais Sa Majesté ne peut pas se prêter à ratifier la déclaration secrète que vous avez signée sans ordres et sans pouvoirs, et mème contre ce que vous saviez de ses intentions, puisque vous aviez recu alors ma lettre du 20 novembre... En désirant cette accession, Sa Majesté n'avait donc d'autre objet que de s'unir d'autant plus avec les deux Impératrices, et de prendre de concert des mesures pour venger le roi de Pologne et tirer ce prince de l'oppression où il est; mais ce ne pouvait jamais être aux dépens de l'ancienne amitié qu'Elle a pour la Porte ottomane, encore moins de son honneur. »
Le gouvernement de f'Impératrice eut sa part dans les reproches que Rouillé distribuait au nom du Roi, avec d'autant plus de libéralité qu'il était responsable du retard apporté dens les instructions de Douglas. Le ministre des Affaires Étrangères dit sans ménagements à Stahremberg (1) « que nous avions abusé de la confiance que la France avait mise en nous, et que M. Douglas n'aurait jamais consenti à signer la déclaration, si M. le comte Esterhazy ne le lui avait mème conseillé en l'assurant que c'était un point convenu entre les deux cours. » L’ambassadeur s'ingénia à calmer l'irritation des ministres de Louis XV, et ce fut probablement sur sa suggestion qu’on prit le parti d’atténuier le refus de l’article secret, par une lettre de la main du Roi à la Tzarine, expliquant le malentendu et faisant appel à l'amitié de la souveraine pour sortir d’embarras. Ce procédé réussit à merveille.
(1) Stahremberg à Kaunitz, 10 février 1857. Archives de Vienne.
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