LITS DE JUSTICE
forme qu’'autoritaire dans le fond : « Je dois me procurer les secours qu'exigent le bien et les besoins de mon État; je peux seul connaitre l'étendue et l'objet des dépenses que les circonstances rendent indispensables. Forcé d'avoir recours à des impositions que j'aurais désiré pouvoir éviter à mes peuples, les déclarations qui les rétablissent ou les continuent contiennent de nouvelles preuves de ma tendre affection pour mes sujets. Leur enregistrement n’a déjà été que trop différé; j'ordonne à mon Parlement d'y procéder des demain, et vous m'en informerez dès le jour. » Au premier Président, M. de Maupeou, qui lui demandait une copie de sa réponse, Louis XV répliqua : « Elle est assez courte pour que vous puissiez la retenir. » L'’audience n'avait duré que cinq minutes.
En dépit de la parole royale, le Parlement ne se tint pas pour battu, persista dans ses remontrances et refusa d’enregistrer. Il fallut avoir recours à un lit de justice qui eut lieu à Versailles le 21 août. Le duc de Luynes s'étend longuement sur le cérémonial et la procédure de cette assemblée. Le Parlement, représenté par son premier Président, par huit présidents à mortier et plus de 160 conseillers, prit séance vers onze heures et demie; il fut rejoint par les pairs ecclésiastiques (1) et laïques (2). À midi vingt, le Roi fit son entrée, accompagné du dauphin, des princes du sang, des chanceliers et de ses principaux officiers les quatre secrétaires d'État avaient pris place un moment avant. S'il est curieux de lire dans la chronique du duc de Luynes (3) tous les détails d’étiquette, tous les incidents de préséance et de tenue qu'il a décrits avec un soin religieux , il est surtout intéressant de relever l'allure in-
(1) Six évêchés parmi lesquels Chàlons, Noyon, Laon, elc., donnaient droit à la pairie.
(2) Les ducs et pairs dans l'ordre de la er“ation de la pairie. En 1756 la pairie du duc d'Uzès était la plus ancienne, celle du duc de Duras la plus récente.
(3) Mémoires de Luynes, vol. XV, page 196.
dépendante du discours prononcé par le premier Président. Ce dernier, au chancelier qui venait de lire le message royal, répondit « que le Parlement, plein de respect pour Sa Majesté, ne pouvait, au milieu de l'appareil de sa souveraine puissance, faire aucune délibération », que cependant il était essentiel, pour l'intérêt du Roi et de l'État, que le Parlement püt examiner librement les actes et les lois émanant du souverain, avant de les promulguer; qu’une conduite différente pourrait avoir des conji RAR séquences les plus dangereuses, et entraîner « des malos heurs dont la vue lui coupait la parole ». 11 termina en A suppliant le Roi de modifier ses déclarations dans le sens | indiqué par la remontrance. M. Joly de Fleury, premier avocat général, parla au nom des gens du roi, et conclut à « l'enregistrement en lit de justice et par exprès comh À mandement du Roi. »
( ; Toutes ces harangues, dont la dernière fut de beau- A coup la plus longue, durèrent à peine une heure ; puis le chancelier alla recueillir les voix, qui d’ailleurs, en la % présence royale, n'avaient qu'une valeur consultative. A [LATTES en juger par l'arrêté pris la veille, par les réserves forfan Lu mulées par M. de Maupeou, les magistrats durent s’abs-
(EE tenir dans ce vote, qui dans l'espèce, n'était qu’une pure pensic REA ES formalité. mait « | Quelques jours après le lit de justice de Versailles, le posait Parlement de Paris fit parvenir au roi ses remontrances sur atteint
les nouveaux impôts; son exemple fut suivi par la plupart de la
des assemblées de province, dont quelques-unes, celle de peine
Besancon par exemple, allèrent très loin dans la voie de la Enqué:
protestation. remire
D'autre part, la lutte avec l'archevêque de Paris, à propos de la bulle Unigenitus et ses suites, continua de plus belle ;
(1) Vol le Châtelet fit lacérer et brûler par la main du bourreau (2) Le ] une instruction pastorale de ce prélat (1), «comme renfer- Ré P seillers; :
(1) Mémoires de Luynes, vol. XV, page 261. ayant un