INTERVENTION DE LA GRANDE CHAMBRE
dre un parti de vigueur; » M"° de Pompadour « s'en rapporta à ce que lui dirent Messieurs Machault, Belleisle et de Moras en qui elle a confiance, et chargea le premier des trois, homme de loi de sa profession, de trouver et de proposer des expédients pour mettre fin à toutes ces matières. On convint qu'il n’y fallait laisser prendre aucune part à M. d'Argenson. »
Après avoir expliqué que l'abbé de Bernis, qui d'’ailleurs ne fut appelé au conseil que le 2 janvier 1757, et Rouillé, restèrent étrangers à la pression exercée sur le Parlement, Stahremberg s'étend sur les précautions dont on aurait dû s’entourer pour s'assurer le concours d’un certain nombre de magistrats, et pour éviter la démission presque générale. « On n’en fit rien, aussi. le cours de la justice fut entièrement suspendu, les avocats s’abstinrent de plaider devant ce qui restait de la Grande Chambre; il y en eut un seul qui se présenta, ses confrères ne le laissèrent pas parler, il fut hué et maltraité en sortant du palais, et aucun autre n’osa plus essayer de s’y présenter. Toutes les actions publiques baissèrent tout à coup et le crédit diminua considérablement. Les cours subalternes cessèrent leurs fonctions, une partie des Parlements du royaume firent connaître qu'ils allaient embrasser la cause du Parlement de Paris. »
Pour amener une détente et pour permettre à leurs collègues de revenir sur leur coup de tête, les présidents et les quelques conseillers de la Grande Chambre restés en fonctions firent des démarches auprès du Roi pour obtenir la convocation de toutes les chambres, malgré les démissions données, à l'effet de travailler en commun aux remontrances sur les édits du 13 décembre. Louis XV, sur l'avis de ses ministres, ne voulut pas céder. « Il dit des choses très gracieuses au corps en général et adreséa le propos à chacun des membres en particulier; mais il refusa leur demande, déclara qu'il recevrait les représen-
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tations de la Grande Chambre, mais non celles des,autres chambres qui depuis les démissions données n'existaient plus. »
Ce fut à cette époque, c'est-à-dire au moment où le conflit s'envenimait de plus en plus, qu'ent lieu l'attentat de Damiens contre la personne du Roi. Pour Louis XV la tentative d'’assassinat fut un événement heureux; le danger couru lui raînena une partie de l'affection perdue, et détermina en sa faveur un regain de popularité dont profita l'autorité royale dans sa lutte contre le Parlement. Les faits sont bien connus:: Le 5 janvier, à six heures du soir, le Roi, accompagné des principaux officiers de service, escorté par ses gardes, allait monter en voiture pour se rendre de Versailles à Trianon quand il fut frappé d’un coup de canif par un homme qui se glissa dans la foule. et qui ne fut saisi que parce qu'il s'était distingué de ses voisins en gardant, sans doute par oubli, son chapeau sur la tête. L'émotion fut beaucoup plus grande que le mal. A Versailles il n'y avait ni linge, ni draps de lit, ni valet de chambre, ni confesseur. Sans souci de l'étiquette on coucha le blessé sur ses matelas: il fut déshabillé par ceux qui l'entouraient. On le saigna deux fois, et bientot son chirurgien, M. de la Martinière, put le rassurer sur les suites de la blessure. « Il lui a dit (1) que, s’il était un simple particulier, il aurait pu se lever en robe de chambre dès aujourd’hui; l’on regarde la guérison de cette plaie comme une affaire de 2 ou 3 fois vingt-quatre heures. » Louis XV montra beaucoup plus de sang-froid que les courtisans, dont plusieurs voulurent signaler leur dévouement par
des cruautés inutiles à l'égard de l'assassin. Stahremberg
raconte la scène comme suit (2) : « Le scélérat fut conduit d'abord dans la salle des gardes où, dans la vue de lui
(1) Mémoires de Luynes, t. XV, p. 357.
(2) Voir aussi Voltaire, Histoire des Parlements de Paris, p. 324. Duc
de Croy, Revue rétrospective, tome I, p. 357.