OPINIONS DES MINISTRES SUR L'ALLIANCE
dé marques de confiance et de bonté, lui a parlé à deux reprises assez longuement, et l'appela un jour au chevet de son lit pour lui dire ce peu de mots que l’abbé de Bernis m'a redit lui-même : « L'abbé, je sais que vous êtes honnète homme et je compte sur vous. »
Stahremberg se livre à des conjectures sur la tournure qu'auraient prise les événements extérieurs dans le cas de la mort du Roi. D'après lui le Dauphin, peu ou pas initié à la politique étrangère, guidé par les ennemis de la marquise, « se serait laissé persuader que pour rétablir la tranquillité dans l'intérieur, il fallait prévenir ou terminer une guerre de terre ruineuse, et en obtenant du roi de Prusse la restitution de la Saxe avec quelque dédommagement en argent pour le roi de Pologne, choses auxquelles le roi de Prusse n'aurait pas eu de peine à consentir, il se serait sans doute déterminé à changer sa qualité d’auxiliaire de notre cour en celle de médiateur entre les parties belligérantes. Qui sait même s’il ne serait pas arrivé pis que cela ? »
A cette occasion, l'Autrichien passe en revue le personnel ministériel, analyse leurs opinions et pèse leur crédit au point de vue de l'alliance. Si M°° de Pompadour avait été disgraciée, on pourrait se fier au sentiment du Roi « qui est certainement tel que Leurs Majestés peuvent le désirer. » D’Argenson serait redevenu hostile ; Machault, quoique attaché à la favorite, n’avait jamais été partisan des opérations de terre; Saint-Florentin et Rouillé se seraient conformés aux idées du ministre de la Guerre; on aurait pu compter sur Belleisle et Bernis; « mais outre que le dernier aurait eu beaucoup de peine à se soutenir lui-même, le premier aurait de son côté perdu presque toute l'influence qu'il a présentement, en perdant par la disgrâce de M"° de Pompadour. l’occasion de parler fréquemment et familièrement au Roi, qui ordinairement ne parle d’affaires à aucun ministre que dans le temps du travail
particulier qu'il fait avec ceux qui ont des départements. » Aux développements de l'ambassadeur on voit que l'alerte avait été chaude. Rassuré sur le sort de la marquise , il revient au Parlement. Dans les deux camps, on s'était trop avancé pour pouvoir facilement reculer. L'auteur responsable des déclarations dont on subissait les conséquences désastreuses, était M. de Machault qui cumulait les fonctions de garde des Sceaux avec celles de mi- | nistre de la Marine. « La plus grande partie du public Eat ES s'en prend à son ignorance, à son humeur haute et impé- |} RES rieuse, et à son inimitié pour M. d’Argenson. » re Quel parti suivre maintenant? Siahremberg qui ne
perd pas de vue son traité prèche la conciliation ; il espère que le Roi consentira à suspendre l'exécution des injonctions du lit de justice, relatives à la discipline intérieure (l du Parlement ; grâce à cette concession on amènerait quel- LA à fs ques magistrats à retirer leur démission. Au lieu de ces RUE mesures de pacification, le cabinet de Versailles adopta une 1 politique de combat. Le 24 janvier, un président des Requêtes et quinze conseillers furent exilés comme « les boutefeux et les auteurs de la désobéissance et de la mutinerie de tont le Parlement. » Cet acte de rigueur fut F4 presque universellement blâmé. « Après tout ce qui s’est RVRE passé au moment où l’on pouvait tout accommoder par la af douceur, il était certainement le plus fâcheux, le plus dangereux de tous ceux qu'il eût été possible de prendre. »
« Depuis cette malheureuse démarche, écrit notre ambassadeur (1), le mécontentement du public est général ; l'éloignement et l’opiniâtreté du Parlement est devenu plus fort que jamais; ceux qui étaient les plus disposés Uri à se soumettre se sont rétractés; on ne parle que de mort AAA et de poison. On a affiché, dans la galerie même de Versail- AA les, des placards affreux et menacçants pour la vie du roi; le duc d’Ayen a recu il y a quelques jours une lettre dans
(1) Stahremberg à Kaunitz, 31 janvier 1757. Archives de Vienne.
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