‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 63 sur 385 · DISGRACE DE D'ARGENSON ET DE MACHAULT · texte numérisé non relu

DISGRACE DE D'ARGENSON ET DE MACHAULT

laquelle on l'avertissait que le roi serait assassiné dans la journée; on a écrit au premier valet de chambre de M. le Dauphin, en lui envoyant un paquet de poison, qu’on lui envoyait de quoi sauver son maitre d’un coup de poignard. Enfin il n'est question que de plaintes, de murmures et de cris contre le ministère. C'est à M‘ de Pompadour qu’on s’en prend encore , » à tort, parait-il, car l'abbé de Bernis affirme à Stahremberg que la marquise n’est pour rien dans la décision du conseil, contre laquelle il a été seul à se prononcer. D’Argenson et Belleisle auraient enlevé le vote, en disant « qu'il s'agissait de la gloire et de l'honneur du Roi, argument sans réplique et auquel il était difficile de s'opposer... Malgré le mécontentement public il n’y à pas eu encore d’émeute ou de tumulte dans Paris; on a doublé toutes les gardes; il y a beaucoup de patrouilles pendant la nuit et on a mis tout ce qui était suspect en prison... J'ai demandé à j’abbé de Bernis quel parti on allait prendre ; il m'a dit qu’il n’en savait encore rien, qu'on travaillait toujours à gagner une partie du Parlement, mais qu’il était douteux si on réussirait. Voilà les termes où les choses en sont. » L'exil des conseillers fut bientôt suivi de la disgrâce des deux ministres qui avaient été le plus mélés aux conflits. Le 1°’ février 1757 le Roi fit signifier au comte d’Argenson, ministre de la Guerre, et à M. de Machault, garde des Sceaux et ministre de la Marine, qu'il les relevait de leurs charges et qu’ils eussent à se retirer dans leurs terres, l’un en Touraine, l’autre à Arnouville à cinq heures de Paris. L'éloignement du lieu d’exil et le ton de la missive royale marquaient une différence d’égards pour les personnages congédiés. D'Argenson était traité en criminel qui reçoit une punition, Machoult en ami dont les circonstances obligent à se séparer et dont on est prêt à récompenser les services. Ce fut un véritable coup de foudre pour tout le monde, pour Stahremberg tout le premier;

aussi cherche-t-il (1) à défendre sa réputation d'homme bien informé, et à expliquer ‘le caractère imprévu de la décision royale. Belleisle qui avait travaillé la veille pendant quatre heures avec d’Argenson, Rouillé et Saint-Florentin qui avaient été les porteurs des lettres d’exil, étaient restés dans l'ignorance jusqu'au dernier moment; seul Bernis avait été au courant, mais ne croyait pas à un dénouement si prompt. Laissons la parole à Stahremberg : « L'affaire à été résolue dans le plus grand secret, et sans que personne que M"° de Pompadour, l'abbé de’ Bernis, M. le Dauphin, et peut-être M. de Soubise, en aient eu connaissance. Il est étonnant que l’abbé de Bernis en ait fait mystère au maréchal de Belleisle ; apparemment que le Roi le lui avait expressément enjoint, à cause de l’amitié qui subsiste depuis longtemps entre ce dernier et M. d'Argenson. »

Comme motifs apparents de l’action de Louis XV, notre diplomate allègue la nécessité de mettre fin à la vieille rivalité des deux collègues, et de donner satisfaction à l’opinion en congédiant les ministres chargés des rapports avec le Parlement, responsables par conséquent des conflits survenus entre la compagnie et la monarchie. A l’en croire, M"° de Pompadour et l'abbé de Bernis auraient largement contribué au renvoi. La marquise avait toujours regardé M. d’Argenson, non seulement « comme son ennemi déclaré, mais aussi comme un fourbe et un malhonnête homme; mais le Roi accoutumé à son travail et faisant d’ailleurs beaucoup de cas de lui, n'avait jamais paru disposé à s’en défaire et semblait se reposer entièrement sur lui dans toutes les choses qui étaient de son département. La circonstance présente a enfin produit l’occasion si longtemps désirée, et M"° de Pompadour à eu l'adresse de s’en prévaloir. IL a fallu se déterminer à sa-

(1) Stahremberg à Kaunitz, 3 février 1757. M. d’Arneth a cité de nombreux extraits de cette dépêche.

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