PORTRAIT DES MINISTRES DISGRACIES
crifier en même temps son ami, M. de Machault, puisque les mèmes raisons qui conseillaient l'éloignement de l’un parlaient aussi contre l’autre, d'autant plus que celui-ci, par l’imprudence de ses dernières démarches et des conseils peu sages qu'il avait donnés de son chef, et sans consulter personne, était encore plus haï par le public que son adversaire. »
Après avoir constaté que « les deux ministres disgraciés ne sont regrettés de personne, et que tout le monde approuve le parti que le Roï a pris », Stahremberg est obligé d’avouer « que le Roi ne laisse pas de perdre beaucoup en eux. Ils étaient certainement l’un et l’autre gens d'’esprit et de mérite. M. de Machault, quoique très froid et parlant peu, passait néanmoins pour un homme de fort bon sens ;… il n’a mérité que des éloges par tout ce qu'il a fait dans le département de la marine qui était en bien mauvais état lorsqu'il lui a été confié. Quant à M. d’Argenson, que j'ai eu occasion de voir plus particulièrement et de lui parler même très souvent d’affaires, je lui ai trouvé beaucoup d'esprit, de finesse, d'adresse, de connaissance des affaires et d’habileté dans la manière de les traiter; il avait Le ton qu’un ministre doit avoir, comprenant tout, répondant à tout, ne faisant que des objections sensées et raisonnées, ne disait pas plus qu'il ne fallait et n'affectait point de réserve mal à propos. Avec cela il était très laborieux, et porté tant qu'il le pouvait à rendre service. En un mot il était ministre et avait de bonnes et grandes qualités. On l'accusait d'être intrigant, intéressé et fourbe. Il haïssait M°° de Pompadour et tout ce qui avait rapport à elle; il était ennemi du nouveau système, mais il affectait de faire paraitre le contraire, et en raisonnait comme s'il en eût été le partisan le plus zélé. » Tout en faisant un éloge désintéressé de l’ex-ministre . l'ambassadeur se félicite du départ d’un homme qu'il regarde comme un adversaire de son pays,
sistance s'effaca devant les lettres d’exil et les pensions que
et dont les talents rendaient l'opposition plus dangereuse.
D'Argenson fut remplacé par son neveu, le marquis de Paulmy « dont l'extérieur ne prévient pas beaucoup en sa faveur ; l'abbé de Bernie dit cependant qu'il est homme d'esprit, très actif, honnête hommeet son ami personnel. » Après un intérim de quelques jours, M. de Moras, contrôleur général, fut chargé de la Marine. Grâce à ces modifications dans le cabinet, Bernis, qui avait été appelé au conseil le 2 janvier 1757, vit grandir sa situation; confident de M®° de Pompadour, très lié avec Belleisle, il n'avait pas à compter avec «ses autres collègues, trop fatigués ou trop nouveaux pour lui porter ombrage. Stahremberg, très sympathique comme on le sait à celui qui avait été son coadjuteur en tant d'occasions, croit que « ses vues sont pures et tendantes principalement au bien de l'État; » mais il ne peut s'empêcher d'ajouter « que la personnalité s’en est un peu mêlée dans ces derniers temps. » Un propos tenu par son ami l'avait impressionné. A l'occasion du renvoi du garde des Sceaux, il s'était écrié : « Voilà ce que M. de Machault » gagné en retardant de quelques mois mon entrée au conseil. »
Bernis n'eut aucune part dans les dépouilles des disgraciés; 1l se réservait pour le portefeuille des Affaires Étrangères que détenaient encore les mains débiles de Rouillé, et en attendant collaborait au traité dont on allait reprendre la discussion interrompue par les événements intérieurs.
Le changement ministériel si soudainement accompli ne mit pas fin à la crise dont le lit de justice du 13 décembre avait été la cause. Plusieurs parlements de province, et notamment ceux de Rouen, de Besançon, et de Bordeaux, s’associèrent aux réclamations de la capitale et refusèrent l'enregistrement des Édits. Peu à peu cependant cette ré-
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