‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 66 sur 385 · AVANCES SAXONNES · texte numérisé non relu

AVANCES SAXONNES

par une convention, les indemnités territoriales et financières qu'il y aurait à réclamer de l’agresseur, lors de la vacification générale.

Ces ouvertures avaient donné lieu, de la part du département, à un mémoire rédigé par le comte de Broglie (1), et dont le contenu, si Stahremberg l'avait connu, aurait porté le comble à son mécontentement; on accueillait les avances saxonnes , et on s'étendait avec complaisance sur les avantages d’une liaison intime avec la Saxe, même sans participation de l'Autriche. L'auteur, il est vrai, en terminant, et pour se justifier sans doute du reproche d'opposition au nouveau système qui lui aurait été adressé, se proclamait partisan de l'alliance autrichienne et revendiquait l'honneur de l'avoir conseillée dès le commencement de 1756. Sur ces entrefaites, Vitzthum vint un peu naïvement faire ses confidences à Stahremberg. Ce dernier le recut assez froidement (2), lui fit observer avec raison que son projet était prématuré, puisqu'on n'était pas encore d'accord sur le but de la guerre et sur le degré d'affaiblissement qu'on chercherait à imposer au roi de Prusse. Mais ce qu’il retint surtout de la conversation, fut le secret gardé vis-à-vis de lui et de sa cour. « Martanges, écrit-il, se cache toujours de moi, et quoique le comte Vitzthum se pose comme seul chargé de cette affaire, je sais que Martanges en a parlé avec Rouillé et l'abbé de Bernis. »

De leur collègue Belleisle il n’y avait pas de cachotterie à craindre, mais en revanche il se montrait le plus mal disposé de tous (3). On n’en pouvait tirer que le dilemme suivant : « Finissons notre traité secret, ou renoncons à toute la besogne. » Du reste, tous les membres du conseil

(1) Mémoire sur les propositions de Saxe, 19 février 1757. Affaires Étrangères. Saxe.

(2) Stahremberg à Kaunitz, 4 mars 1757. Archives de Vienne.

(3) Stahremberg à Kaunitz, 15 mars 1757. Archives de Vienne.

s'accordaient pour protester contre les délais de la cour impériale, et pour incriminer ses intentions. À Vienne, en effet, les lenteurs habituelles de la chancellerie avaient été aggravées par une circonstance fortuite; l'examen du contre-projet français avait été interrompu par les inquiétudes que causait l'état de santé de l’archiduc Joseph. Une attaque de la petite vérole, qui avait déjà fait des victimes dans la maison impériale, avait mis le prince héritier dans le plus grand danger et avait plongé ses parents dans une angoisse extrême. Fort heureusement la convalescence survint bientôt, et on put reprendre le travail qui aboutit à un rescrit impérial (1) en date du 21 février.

Dans cette pièce, le cabinet autrichien s'attachait à écarter du texte définitif les stipulations que le ministère français avait voulu y introduire, relativement à l'Angleterre et la Russie. Si probable que fût une rupture avec la puissance insulaire, il semblait prématuré de s'engager dès à présent dans un confit auquel on n'avait aucun intérêt à se mêler; tout au plus pouvait-on admettre dans le préambule une déclaration blämant la conduite de l'Angleterre, mais il fallait repousser toute mention de la fermeture des ports à la marine anglaise et de la garantie des acquisitions que la France espérait faire aux dépens de sa rivale. Quant à la Russie, la politique extérieure de cet empire dépendait trop d'une maladie d'Élisabeth ou d'une fantaisie de son successeur, pour qu'il fût prudent de lier la promesse des subsides français au maintien de l'alliance moscovite. Tout au moins, si la Russie figurait dans la convention, fallait-il prévoir l'hypothèse de sa retraite de la ligue, et prendre des précautions en conséquence pour la continuation des paiements. En ce qui concernait la durée des secours financiers, l’Impératrice ne s'op-

(1) Arneth, vol. V, chapitre vi, donne une analyse détaillée de cette pièce.

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