CLAUSES DU TRAITÉ
Cette coopération militaire et financière serait continuée jusqu'à ce que l'Autriche eût été mise par un traité de paix en jouissance de la Silésie et du comté de Glatz. En plus, cette dernière puissance devait acquérir « la principauté de Crossen avec une étendue de pays à sa convenance. » Les parties contractantes promettaient de ne mettre bas les armes que lorsque « le roi de Prusse aura été forcé de céder, en outre des provinces déjà désignées, » Magdebourg ct Halberstadt à la Saxe, la Poméranie antérieure à la Suède, Clèves :i Gueldre à l'Électeur palatin et à la Hollande, dans le cas où ces États se joindraient à la ligue. Enfin la France prenait à sa charge la moitié des subsides à verser à la Suède et à la Saxe.
A titre de compensation pour ces sacrifices, Louis XV obtenait l'annexion au domaine français des pays de Chimay et de Beaumont, des villes de Mons, Ypres, Furnes, Ostende, Nieuport et du fort de la Knocque avec une lieue de territoire à l’entour; les ports d'Ostende et Nieuport lui seraient remis aussitôt après la ratification; mais la prise de possession des autres villes et districts cédés, était subordonnée et devait être postérieure à l’occupation des provinces attribuées à Marie-Thérèse. Le reste des Pays-Bas, y compris le Luxembourg, était attribué à l’infant don Philippe, gendre du Roï Très Chrétien, en échange de ses duchés italiens qui faisaient retour à l’Impératrice, et de certains droits en Toscane abandonnés à l'Empereur.
Les derniers articles avaient trait à l'accession à l’alliance de l'Empereur, en sa double qualité de souverain de l'Allemagne et de Grand-Duc de Toscane, de la Russie, &e la Saxe, de la Suède, des Électeurs Palatin et de Bavière, d’autres puissances de l'Empire et si possible des rois d’Espagne et de Naples, — au règlement de ja succession de la couronne d'Espagne, — à l'élection du roi des Romains, — à la désignation du fils du roi Auguste pour la nomi-
nation au trône de Pologne, — à la mise des dettes des Pays-Bas au compte des nouveaux possesseurs , — enfin au secret à garder sur les termes de la convention.
Il suffit de parcourir les stipulations dont nous venons de faire l'analyse pour constater l’éclatant succès de la diplomatie autrichienne. Sans doute la main mise sur les ports de la Belgique, l'acquisition de quelques cantons des Flandres, l'éloignement de la frontière francaise d’un puissant voisin, et son remplacement par un prince que sa faiblesse plus encore que sa parenté réduirait au rôle de vassal, tout cela constituait des avantages qui n'étaient pas à dédaigner. Mais en acceptant un rôle principal dans la guerre continentale, en y participant, non seulement avec les troupes nationales mais avec des corps étrangers à la solde française, en contribuant largement aux dépenses des souverains ligués, n’assumait-on pas un fardeau au-delà de ses forces? Serait-il possible de soutenir un pareil effort, alors qu'on était déjà engagé sur mer et aux colonies contre l'ennemi héréditaire, l’Angleterre, alors que la caisse royale ne pouvait faire face aux demandes courantes, et que les impôts auxquels on avait été obligé de recourir rencontraient auprès du Parlement une opposition appuyée par l’opinion ?
Le principe de l'alliance offensive une fois concédé, les pléniyctentiaires français avaient-ils obtenu, dans le détail des articles, tous les bénéfices que méritaient les gros sacrifices consentis ? Il est difficile de l’admettre quand on compare le texte du traité avec les dernières instructions de Stahremberg. Ce dernier put se vanter avec raison (1; d'avoir dépassé ses propres espérances et celles de sa cour. Sur la question délicate des subsides, il avait victoire complète : Les verse nents du trésor francais, qu’on
(1) Stahremberg à Kaunitz, 3 mai 1757. Jointe à sa dépêche est une cumparaison du texte signé avec ceux des projets et contre-projets des deux cours. Archives de Vienne.
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