‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 81 sur 385 · PITT PROPOSE DES SUBSIDES POUR LE HANOVRE · texte numérisé non relu

PITT PROPOSE DES SUBSIDES POUR LE HANOVRE

Frédéric ne compte plus sur le cabinet de Londres. «Il m'a dit, écrit Mitchell (1), qu'il craignait bien ne devoir attendre aucun secours de ses alliés, qu'il ferait de son mieux à lui tout seul. Il retirerait ses troupes et son artillerie de Wesel, et concentrerait ses efforts sur les points où ils pourraient réellement servir. » Ce propos n'était pas une menace en l'air, car huit jours après cette conversation le Roi adressa (2) au gouverneur de Wesel, le général de la Motte, des ordres confidentiels pour le désarmement de la place et pour la destruction éventuelle d'une partie des ouvrages. Cependant, au moment mème où il semblait qu'iln'y eût plus rien à espérer de l'Angleterre, le ministère britannique, se réveillant de sa longue torpeur, reprit l'examen des projets soumis par Frédéric. « Sa Majesté, mande Holdernesse (3, a jugé bon d'assembler ses forces sur la Lippe, où elles seront prêtes à agir selon les circonstances. » On offrit au Danemark un traité d'alliance (#4) et de subsides, par lequel cette puissance, movennant le paiement annuel de 200,000 livres sterling, tiendrait à la disposition de l'Angleterre un corps de 8,000 hommes et une flotte de 12 vaisseaux de ligne. Enfin Mitchell recut l'ordre de se rendre à Brunswick pour conclure l'accord en suspens depuis si lonstemps, et sans doute de se montrer coulant sur la « douceur » des 50,000 écus.

On songeait aussi aux voies et moyens : Le nouveau ministre, Pitt, rétabli d'un accès de goutte qui l'avait éloigné des affaires, avait entamé avec le roi George, par l'entremise de Münchhausen, une négociation financière. Il lui proposait un crédit de 300,000 livres sterling, à la con-

t) Mitchell à Holdernesse 2 janvier 1757. Mitchell Papers. 2) Frédéric à La Motte, 12 janvier 1757. Correspondance polilique. voi. XIV, p. 201.

3) Holdernesse à Mitchell, 31 décembre 1756. Mitchell Papers.

(4) Holdernesse à Titley, 18 janvier 1757. Copie annexée et destinée à être communiquée au roi de Prusse, Mitchell Papers.

dition de prendre à la charge du Hanovre le contingent hessois. Le vieux souverain, qui avait fait son calcul, se contenterait de 200,000 livres, mais insistait pour laisser les Hess < au compte du budget anglais. Ces détails, donnés par Newcastle à Hardwicke, furent l'occasion d’appréciations peu flatteuses pour le monarque dont ils venaient de quitter le service. « Les passions, écrit Hardwicke (1), acquièrent de la force au fur et à mesure que les autres facultés s’affaiblissent,.…. dans le cas présent c’est l'argent qui est en jeu. Cette disposition d'esprit est si étrange et cependant si enracinée que je n'en parlerai plus, excepté pour répéter les mots de Ciceron dans son traité sur la vieillesse : « Potest quiquam esse absurdius quam quominus vitæ restat, eo plus viatici quærere? » Je crois en vérité que Lady Yarmouth a raison, qu'il n’y a pas d'autre cause de la mauvaise humeur, dans le cas présent, que le désappointement au sujet de l'argent. »

Il est indéniable que la personnalité très développée du roi George, et peut-être l'esprit d'avarice qui grandissait avec l’âge, exercèrent une action incontestable sur la politique étrangère de l'Angleterre pendant la période que nous passons en revue. Préoccupé avant tout de la sûreté de ses États électoraux, plein de méfiance à l'égard du cabinet qu'il venait de subir, réfractaire à l'idée de dépenser le trésor accumulé pendant son long règne, soupconneux des desseins de son entreprenant allié auquel il gardait rancune de sa conduite passée, George se laissait influencer, sinon diriger, par ses ministres hanovriens, pour lesquels il avait des sentiments d'affection et de confiance que ne surent Jamais lui inspirer leurs collègues anglais. Or le conseil de régence à Hanovre et son délégué à Londres n'avaient suivi qu'à regret l'évolution de leur maitre : ils avaient conservé au fond du cœur leurs sympathies

(1) Harduicke à Newcastle, 4 janvier 1757. Newcastle Papers.

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