DEMARCHE DE STEINBERG A VIENNE
sentiment était encore plus marque entre les autorités de Hanovre et celles de Londres. Tandis que le ministère électoral, très ému des dangers de l'invasion et peu confiant dans l'issue de la lutte, se déclarait pour la neutralité, les ministres anglais étaient partagés entre la crainte de froisser le sentiment public favorable au monarque prussien qu'il faudrait abandonner, et les difficultés parlementaires que soulèverait la demande des subsides nécessaires pour défendre les possessions continentales de leur maitre. L'initiative des premiers pourparlers revenait au gouvernement du Hanovre : Vers la fin de septembre, M. de Steinberg avait été chargé de sonder la cour impériale sur les mesures qu'elle entendait prendre pour assurer la tranquillité de l'Allemagne, et pour préserver l'Électorat contre la menace d’une invasion francaise. Une première démarche auprès de Kaunitz avait été suivie d'une audience de l'Empereur; de ce souverain, Steinberg ne put tirer que des déclarations énigmatiques (1) : On n'avait aucun avis de la marche d’une armée francaise, et on la croyait improbable; d'ailleurs on donnerait volontiers satisfaction aux vœux du roi George, et le cas échéant on examinerait ses propositions.
Cette réponse évasive et la mission du comte d’Estrées enlevèrent à la régence du Hanovre les illusions qu'elle avait conservées jusqu'alors sur les bonnes dispositions (le la cour de Vienne. Malgré l'éloignement qu'on éprouvui: pour l'alliance prussienne, il faudrait bien s'y résigner comme à un mal inévitable. L'avènement du ministère Pitt ne fit que confirmer ces tendances; on connaissait les sympathies de cet homme d'État pour la cause de Frédéric, et on sentait fort bien que les secours financiers que l'Angleterre accorderait à l'Électorat, dépendraient
(1) Steinberg aux ministres du Hanovre, 18 octobre 1756. Depêche citée par Hassel. Die Schlesischen Kriege und das Kurfürstenthum Hannover, p. 26%,
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de l'attitude de la régence vis-à-vis de la Prusse. Aussi se montra-t-on prodigue de promesses à l'égard de Schmettau, lors de son premier voyage à Hanovre, vers la fin de 1756; mais à peine le général venait-il de repartir pour Dresde, qu'on reçut à Hanovre une dépèche de Steinberg (1), annonçant un revirement de la politique autrichienne. L'envoyé, tenu à l'écart depuis piusieurs mois, avait été appelé par Kaunitz, et avait eu communication d'un mémoire sur la neutralité de l'Électorat. Malgré leur silence prolongé, les ministres de Marie-Thérèse étaient demeurés partisans d’un arrangement qui, en écartant la prévision d'hostilités dans le nord de l’Allemagne, faciliterait l'emploi contre le roi de Prusse de toutes les forces auxiliaires de la France. La cour de Versailles, longtemps hostile, avait enfin cédé sur le principe de la neutralité; il restait à en régler les conditions, et c'était à cette fin que le chancelier avait fait rédiger la pièce montrée à Steinberg. Un courrier de Kaunitz à Colloredo, ambassadeur à la cour fe Saint-James, emporta le rescrit impérial acrompagné d'instructions complètes. Le document principal, en date du 4 janvier 1757 (2), rappelait, sur un ton plutôt triste qu’indigné, qu’on n'avait pas encore eu de réponse écrite à la réquisition remise après l'agression du roi de Prusse. « Sä Majesté britannique avait cependant trouvé bon de s’expliquer elle-même de bouche envers le comte de Coiloredo, son ministre auprès d’Elle, dans des termes qui ne permettent plus à l’Impérairice de compter sur l'accomplissement des engagements qu'elle réclame, et qui lui donnent même de justes appréhensions, tant en qualité de Roi qu’en celle d'Électeur, Sa Majesté britannique pouvant n'être pas éloignée de donner des secours à
(1) La dépèche fe Steinberg datée du 5 janvier 1757, parvint à Hanovre le 11 du même mois. Hassel, p. 270.
(2) Rescrit impérial adressé à Colloredo, par dépêche du 9 janvier 1757. Archives de Vienne.
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