EXIGENCES DE LA COUR DE VERSAILLES
Si George IT était absolument opposé au « ‘ransitus innoxius » et à ses conséquences, Louis XV et ses conseillers étaient aussi fermement décides à n'accorder la neutralité qu'à la condition de l'établissement d'une ligne d'étapes dans l'Électorat, et de l’utilisation des ressources locales pour les besoins de l'armée francaise. En vain Stahremberg essaya, la carte à la main (1), de démontrer que le chemin le plus court, pour arriver à Magdebourg et au territoire prussien, ne passait pas par le Hanovre: le maréchal de Belleisle répliqua en rééditant les considérations militaires déjà développées dans les mémoires produits à Vienne, au moment de la discussion des opérations. Enfin, tout ce que l’Autrichien put obtenir fut qu'avant d'adopter un parti définitif, on consulterait le maréchal d'Estrées qui revenait de sa mission près de l'Impératrice.
Ainsi qu'il était à prévoir, d'Estrées ne fit que confirmer le cabinet de Louis XV dans la résolution qu'il avait prise. Cette conduite, très logique au point de vue stratégique, s’expliquait par la confiance dans la supériorité des armées alliées, comre l'indique un propos de Belleisle (2). A Stahremberg qui insistait sur le danger d'augmenter le nombre des ennemis des deux cours, et de rendre ainsi plus difficile la réalisation des projets communs, le maréchal riposta : « Qu'il était prêt à parier avec moi telle somme que je voudrais qu'il ne pouvait manquer d'arriver de deux choses l’une : ou que lorsque les troupes françaises seraient à portée d'entrer dans l'Électorat de Hanovre, le roi d'Angleterre consentirait à la neutralité de cet Électorat à tout prix, et même en accordant le passage; ou que s’il opposait une armée à celle de France, le roi de Prusse serait obligé d'envoyer à cette armée un corps de #0,000 hommes au moins de ses pro-
(1) Stahremberg à Kaunitz, 17 mars 1757. Archives de Vienne. (2) Stahremberg à Kaunitz, 21 mars 1757. Archives de Vienne.
pres troupes; que, dans le premier cas, rien n’empècherait d'aller tout droit contre le roi de Prusse, et d'accomplir par conséquent l'engagement qu'on allait prendre; et que dans le second, on occuperait une partie considé"able de ses forces et agirait tout aussi directement contre lui que si on l'attaquait dans ses propres États. »
Cependant, malgré les observations de ses conseillers militaires, la cour de Versailles, par égard pour son allié, ne repoussa pas la neutralité. « Si le roi d'Angleterre, avait déclaré Bernis, accordait le passage et s'engageait à ne pas employer ses troupes hanovriennes, ni directement, ni indirectement contre la France et nous, soit en Allemagne, soit autre part; à fournir, pour le temps du passage de l’armée francaise par l'Électorat, les subsistances aux temps, prix et lieux dont on conviendrait, on serait toutefois disposé ici à se prèter encore à la neutralité; l'armée française ne commettrait aucun désordre et se conduirait en tout comme dans un pays neutre. » Il fut entendu qu'une convention établie sur ces bases, ex contenant « les clauses les plus propres à rendre la neutralité sûre et bien cimentée, serait préparée par la chancellerie autrichienne, et soumise au roi George qui aurait à répondre par un oui ou un non. » Stahremberg en terminant son exposé ne dissimule pas ses préférences; l'arrangement conclu, l’armée française déjà en marche sur le Rhin pourrait passer le Weser dès le mois de mai; dans le cas contraire, « elle perdra probablement ou toute la campagne, ou du moins la plus grande partie, à conquérir et dévaster le pays de Hanovre, chose dont le maréchal d'Estrées me parait beaucoup plus occupé que du but principal pour lequel la France entreprend la guerre de terre, et auquel naturellement devraient tendre toutes les démarches qui se font. »
Conformément au désir manifesté par le cabinet de Louis XV, le projet de traité fut expédié à Versailles pour
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