REJET DU PROJET PAR GEORGE II
dégradaient si visiblement son honneur et sa gloire; que la France ne pouvait les avoir faites que dans la persuasion qu'elles fussent refusées, et qu’elle en voulait absolument aux États du Roi en Allemagne ; mais qu'il mettait toute sa confiance dans sa bonne cause et dans la fidélité de ses sujets, e‘ ue certainement les troupes françaises trouveraient plus de résistance et plus d'obstacles qu'ils ne pensent. »
L’ambassadeur conclut en donnant à son collègue ses appréciations personnelles : « Excusez, Monsieur; je parle en militaire, et je pense que 190,000 hommes au bord du
Weser seront plus en état de persuader l'Électeur de Ha-
novre dans la crise où en sont les choses, que si Démosthène même ressuscitait. Sachez en même temps, Monsieur, qu'on ne se croit pas encore tant en danger pour accepter des conditions qu’on accorderait encore dans l'avenir. J'ai tâché de les détromper, mais je ne me flatte point de les avoir persuadés... Il est cependant vrai aussi que le ministre hanovrien a les mains liées, et qu’il ne peut pas suivre ses inclinations; c’est le ministère anglais qui le conduit, et qui fait du roi de Prusse une idole parce qu'il a dor : comme le déii à la France. Ce n’est pas qu’on ne convienne qu'on a perdu au change; il n’y a pas longtemps qu'un ministre de lä plus zrande considération a dit à un autre, lorsqu’'ù courait un bruit que le roi de Prusse avait fait des propositions er France : « Tant mieux! La cour de Vienne reviendra à nous. » Mais on veut savoir gré au roi de Prusse des engagements qu'il à pris avec l'Angleterre. »
Ainsi se termina cette longue négociation. Les parties furent-elles sincères en l’engageant? On ne saurait douter des sentiments de l'Autriche; cette puissance avait toujours refusé de tenir vis-à-vis du roi George la conduite qu'elle essayait d'imposer à la France à l'égard du roi de Praisse; elle avait un intérêt évident à ménager son ancien allié
en sa qualité de prince allemand. Aux yeux de l’Impératrice, toute hostilité contre le Hanovre et ses alliés était une diversion inutile et fâcheuse, dont l'effet immédiat serait d’accroitre la force de résistance de l’ennemi principal, et d'introduire la guerre civile en Allemagne. Ce furent les mêmes préoccupations, d'ailleurs légitimes, qui avaient inspiré l'attitude et le langage de la diplomatie autrichienne dans les débats au sujet des traités de Versailles et de la convention militaire.
Quant à George II, dont il ne faut pas confondre le rôle d'Électeur avec celui de Roi, ses préférences, ses préjugés allemands, étaient notoires; on le savait plus soucieux du sort de son pays de Hanovre que de celui de la Grande-Bretagne; son désir le plus cher était d'épargner à l'Électorat le fléau de la guerre; c'était ce but qu'il avait cru atteindre en traitant avec le roi de Prusse, malgré le peu de goût qu'il eût pour son parent. Quoi de plus naturel que de continuer l'ouvrage commence, en assurant la neutralité visée par un accord avec l'Impératrice? Sans doute cette princesse était l’ennemie du roi Frédéric, et on ne pouvait se faire illusion sur les motifs qui dictaient ses avances, ni sur son désir de porter atteinte à l'alliance anglo-prussienne. Mais, répondait-on, le conflit sur le continent avait été provoqué par Frédéri: contre l'avis de la cour de Londres; on n’était tenu ni par les traités, ni par l’intérét, à le suivre jusqu'au bout de l'aventure dans laquelle il s'était précipité.
C'est par des raisonnemernts üe ce genre que le vieux roi George dut justifier, à ses propres yeux, des conversations à Vienne et à Londres, dont il eût été difficile de concilier le mystère avec la notion de la loyauté que l’on doit à une puissance amie. Il est probable, d’ailleurs, que ces considérations morales ne pesèrent pas d'un poids plus lourd au dix-huitième siècle qu’elles ne paraissent peser aujourd'hui; aussi serions-nous enclins à
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