MOTIFS DU REJET
attribuer l'échec de la négociation à la crainte de l’opinio:1 anglaise. Si les ministres hanovriens étaient partisans de la neutralité, il s’en fallait de beaucoup que leurs collègues britanniques partageassent leurs idées. Le cabinet anglais, la majorité du Parlement et la nation tout entière, étaient aussi favorables au roi de Prusse qu'ils étaient jaloux de la préférence de leur souverain pour ses sujets allemands. Il aurait été fort difficile de faire admettre par le public un arrangement séparant le sort de Hanovre de celui de l'Angleterre, et entraînant forcément des résultats fâcheux pour le seul allié de cette dexnière. George II avait conservé trop vivace le souvenir des dangers que son trône avait courus pendant la rébellion de 1745, pour braver le sentiment général. Il désira la neutralité; peut-être à certaines conditions l'eût-il acceptée; aggravée par les exigences de la France, elle eût semblé une insulte à l'Angleterre et eût été une menace pour l'avenir de la dynastie hanovrienne dans ce pays; il fit preuve de bon sens en la repoussant.
Quoi qu'il en fût des motifs qui dictèrent la réponse négative de Sa Majesté britannique, nous ne croyons pas que les égards dus à son neveu et allié le roi Frédéric y eussent grande part. Pendant le cours des pourparlers ce prince demeursa fort inquiet ; il n'avait été qu’à moitié rassuré par la communication que la régence du Hanovre lui avait faite sur les ordres venus de Londres; il n'avait d’ailleurs qu’à puiser dans ses souvenirs personnels pour se convaincre qu’il faut attacher une valeur très relative aux documents de ce genre, mème quand ils émanent d'une plume princière. Les avis de l'Électorat étaient mauvais; on y opposait des procédés dilatoires aux instances du général Schmettau (1), chargé de surveiller la mobilisation de l’armée d'observation. Frédéric se fâche;
(1) Schmettau avait été envoyé une seconde fois à Hanovre en février 1757. GUERRE DE SEPT ANS. 13
il fait appeler Mitchell qui l'avait suivi à Dresde; il lui fait part (1) du rapport recu de Hanovre : « Les ministres là-bas ne se conforment pas aux instructions du Roi; ils se refusent à préparer l'entrée en campagne de leurs troupes et continuent à négocier la neutralité. S'il n'avait pas la plus haute opinion de l'honneur et de la bonne foi du Roi, il aurait lieu d’avoir des soupcons. » A l'Anglais qui, au fond les partage et s'excuse par d'assez piètres arguments, Frédéric réplique : « Il faut que cette affaire soit éclaircie de suite; elle est de première importance et je désire savoir le fond du sac; je vais écrire directement au Roi. » Dans un billet particulier (2) à Holdernesse, Mitchell donne a’autres détails : « La bombe a éclaté, je suis surpris que cela ait duré si longtemps; nous sommes tous déshonorés... on s’est servi d'expressions vives que j'ai jugé prudent d'omettre (dans ma dépêche officielle), comme celle-ci : Il est dur d’être trahi, juste par les gens que j'ai sauvés, et grâce auxquels je me suis mis les Francais sur les bras... je me fie à la bonne foi de la nation anglaise, mais jamais je ne pourrai avoir confiance dans les Hanovriens. » Le même jour, dans une lettre personselle (3) à son oncle, le roi de Prusse dénonce la conduite du ministère électoral, se plaint amèrement, et conclut dans les termes suivants : « Je ne dois pas dissimuler à Votre Majesté qu’en combinant tous ces faits, j'aurais lieu d'entrer dans les plus grandes défiances; mais ce qui me rassure, c'est le caractère de Votre Majesté. Elle sait que je ne suis engagé dans cette guerre que pour avoir pris des mesures avec Elle pour la sûreté de ses États, et je suis sûr que, bien loin de m'abandonner dans la crise présente, Elle remplira ses engagements avec la bonne foi dont Elle
(1) Mitchell à Holdernesse (secret), 12 mars 1757. Mitchell Papers.
(2) Mitchell à Holdernesse (most private), 12 mars 1757. Mitchell Papers. (3) Frédéric à George II, 11 mars 1757. Correspondance politique, vol. XIV,
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