EFFONDREMENT DU CRÉDIT DE WILLIAMS
mains de la maison d'Autriche, et bientôt ils seront entre celles de la France. » À partir de ce moment, l'influence anglaise ne compta plus à Pétersbourg. Williams malade, découragé, sans instructions de Londres, se borne à enregistrer les événements qu'il ne peut empècher. Considéré comme « un espion du roi de Prusse », il ne rend plus service (1) à son gouvernement et demande son rappel. La Tzarine, relevée de la maladie qui avait donné tant d'espérances à la jeune cour, s'était engagée résolument dans la lutte, en adhérant, comme nous l'avons déjà dit, au traité de Versailles, et en signant une nouvelle convention avec l'Autriche. Si l'effort militaire qu'elle avait promis fut retardé, si l'armée d'Apraxine n'entra en campagne qu'au mois de juin, ces lenteurs ne sauraient ètre attribuées à la souveraine qui fit son possible pour les atténuer.
Quant au Grand chancelier, convaincu qu'il courrait de trop gros risques en restant fidèle à la cause de l'Angleterre et de la Prusse, 1l se rappocha de ses anciens ennemis, et s'employa utilement (2) à lever les derniers obstacles à la ratification du traité avec la France. Dans une lettre à Brühl (3), évidemment destinée à ètre mise sous les yeux du cabinet de Versailles, il ne craint pas d’'écrire : « Mon système a toujours été de cimenter la plus étroite union entre la cour de Vienne ct celle de ma souveraine , et de mettre des bornes à la trop grande puissance du roi de Prusse. » S'il s'était opposé à la réconciliation avec la France, c'était qu'attaqué par les amis de cette puissance et surtout par son envoyé, Douglas, il avait été obligé de se défendre. Bestushew expose les services qu'il peut rendre dans la question de la ratification, et ajoute :
(1) Williams à Mitchell, 17 mars 1757. Williams à Holdernesse, 29 mars 1757. Mitchell Papers.
(2) Douglas à Rovillé, 29 mars 1757. Russie. Affaires Étrangères.
(3) Bestushew à Brübl, 8 mars 1757. Russie. Affaires Etrangères.
«Il parait que la cour de France veuille m'honorer de sa confiance... Cette facilité de ma part à répondre au désir de la cour de France se fonde uniquement sur l'utilité, l'avantage que les deux cours, aussi bien que nos alliés, et particulièrement celle de Pologne, en peuvent atiendre; et comme je suis éloigné de tout intérèt particulier, je ne demande aussi aucune autre marque de reconnaissance, sinon qu'après l’arrivée de M. l'ambassadeur marquis de Lhopital, on veuille rappeler le chevalier Douglas dont les procédés sont d'une nature à ne me point permettre d’avoir jamais aucune confiance en lui, et que l’on instruise M. l'ambassadeur de ne point travailler contre ma personne, mais conjointement avec moi. »
Cette lettre produisit son eflet, et une invitation dans le sens de l'entente avec le Grand chancelier fut donnée à Lhopital; mais ce dernier, parti de Paris au mois de janvier, ne devait ètre rendu à Pétersbourg que le 2 juillet, après un long voyage coupé par des séjours à Vienne à Varsovie et dans le camp de l’armée russe.
Dès le commencement des pourparlers entre les cours de Vienne et de Versailles, il avait été question de faire entrer la Suède dans Ja ligue. Le résultat était d'autant plus aisé que ce royaume était lié à la France par d'anciens traités de subsides, et que le parti du Sénat, maitre du pouvoir, était très animé contre le roi de Prusse qu'il accusait d'appuyer les efforts de la Reine pour rétablir les prérogatives royales. Les dispositions étaient donc excellentes à Stockholm; il ne s'agissait que de les mettre à profit. On y travailla activement dans les gouvernements alliés. Tout d’abord on demanda à la Suède de répondre à l'appel que lui avaient adressé, comme garante du traité de Westphalie, l'Électeur de Saxe et l'Impératrice-Reine, par une déclaration identique à celle que la France se proposait de faire. A celte coopération on trouvait, à côté de l'avantage d’une diversion militaire, le
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