LE COMTE DE PROGLIE ÉCRIT AU ROI
que sur l’ordre du roi transmis par le Dauphin. Ce dernier l'avait assuré que S. M. connaissait son opinion, « mais qu'elle exigeait de son zèle et de son obéissance de s'y soumettre, lui promettant de ne jamais le rendre responsable des événements malheureux qui en pouvaient résulter ». Tout alla bien jusqu'à la défaite de Villinghausen; mais, ainsi que nous l'avons vu, les rapports entre les deux chefs, le blâme de la cour, quelque modérée qu'en fût l'expression, les sentiments de l'entourage de Soubise à l'égard de son collègue, sonlevèrent une polémique dont l'aigreur s’accrut avec la marche ‘les opérations et qui eut son contre-coup dans les cercles de Versailles et de Paris. La lettre de Choiseul du 28 août, les démentis échangés entre le maréchal et le prince de Condé à propos des incidents du 16 juillet, envenimèrent le débat auquel vint se mêler le comte de Brogiie, dont nous connaissons le tempérament susceptible et agressif. Celui-ci mit à profit (1) les relations épistolaires qu'il entretenait comme directeur de la politique secrète du souverain, poursaisir leroide la querelle. Ilaccusa Choiseul de vouloir se décharger sur le maréchal de la responsabilité de la campagne infructueuse : « Comme il (Choiseul) est l’auteur du projet d’avoir deux armées indépendantes, projet fatal que mon frère à combattu autant qu'il lui a été possible et qui est la seule cause du manque de succès de nos opérations, il croit devoir en chercher d’autres qui ne puissent pas lui être reprochés... C’est sans doute d’après ces réflexions, Sire, que le duc de Choiseul depuis les deux journées de Villinghausen a changé totalement de ton et de conduite avec mon frère ; il a affiché une désapprobation continuelle de ses opérations. ilen parle dans les termes les moins mesurés et ne les ménage pas davantage en lui écrivant, ce qui est en vérité insuppor-
(1) Comte de Broglie au Roi, 18 septembre 1761. Lettre déjà citée.
table. » Pour éviter les conilits qu'il avait prévus, le comte, d'accord avec le ministre, avait entretenu avec lui un commerce de lettres particulières « sur le ton de l'amitié et de la confiance qui permet de tout se dire mutuellement. J'espérais de prévenir des inconvénients d'une correspondance qu'il est également impossible de soutenir sans y répondre et d'y répondre sans trop témoigner de sensibilité ». A l'effet d’édifier le roi, il lui adresse copie d'un des derniers billets échangés, résumant les” événements depuis la séparation des armées.
« Mon premier but est de m'assurer que V. M. sera instruite de la vérité et de la supplier de se ressouvenir que c'est Elle seule qui nous a soutenus contre nos ennemis. Je crois que M. de Choiseul ne l’est que par l'obligation de se décharger des torts qu'il sent bien que le public lui reproche et pour plaire à d'autres personnes qui nous persécutent depuis longtemps, mais en prenant ce parti, il le suit avec son caractère qui n’est pas propre au ménagement et,se laissant aller à la vivacité, il exprime d’une manière si choquante et si déplacée qu'il n’y a que le très profond respect que mon frère a pour V. M. et la crainte de lui déplaire qui puisse l'empêcher de lui faire connaitre combien il y est sensible. » Par dévouement au service de S. M., le maréchal a voulu conserver son commandement jusqu’à la fin des hostilités, « mais il espère , qu'alors Elle lui permettra de venir, ne fût-ce que pour un mois, à Paris et d'y mettre à ses pieds le compte de sa : conduite, er attendant, Sire, qu'Elle daigne nous honorer | d'une protection particulière, dont nous avons le plus
grand besoin ».
Cet appel produisit-il l'effet qu'en attendait son auteur”? Faute de pièces, il est difficile de le savoir. Toujours estil que Choiseul dans une lettre gracieuse(1) transmit au
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(1) Choiseul au maréchal de Broglie, 24 novembre 1761. Papiers de famille.
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