BROGLIE AUTORISÉ A VENIR A LA COUR
maréchal l'autorisation de faire le ‘oyage de Paris : « Le Roi... m'a paru désirer que vous vinssiez à la cour vers la fin du mois de décembre, temps auquel il ne peut point y avoir d'opérations essentielles à l’armée, et où votre présence sera utile ici pour déterminer les opérations de la campagne prochaine, et mème celles du milieu de l'hiver, s’il y avait possibilité d'entreprendre sur les ennemis dans cette saison. De sorte que S. M. vous laisse la liberté de choisir ls moment que vous jugerez le plus propre pour vous rendre auprès de sa personne sans nuire au bien de son service. » Il termine par un mot amical : « Je crois que vous serez aussi bien aise d'être reçu chevalier de l'ordre. » Une autre dépèche du ministre({), tout en annonçant le refus du Roi d'accéder au désir de Broglie en suspendant le renvoi des troupes en France, est conçue en termes aimables : « Lorsque vous serez ici, Monsieur le Maréchal, je crois que je vous convaincrai dans un quart d'heure qu'il y avait de l’impossibilité à faire autrement. J'en dis de mème de l’artillerie. Soyez persuadé que je désircrais, plus qu'un cutre, d'augmenter l’armée du Roi; mais l'ensemble des projets de $S. M. et de ses moyens ne permettent pas que l'on augmente les ellorts; et je vous le répète, Monsieur le Maréchal, vous en conviendrez vous-même. Je viens de recevoir votre courrier du 29. Je n’ai pas pu en rendre compte au Roi; il me semble que la distribution de vos quartiers est très bonne. Je crains toujours pour Mulhausen et Gotha, malgré les promesses. »
En dépit du ton convenable de ces billets, Choiseul, fort mal disposé à l'égard de Broglie, pensait à son remplacement, sans toutefois l'avoir décidé; la correspondance de Starhemberg (2), très bien renseigné sur les intrigues de
la cour, ne laisse aucun doute à ce sujet. « La tension
(1) Choiseul au maréchal de Broglie, 4 décembre 1761. Papiers de-famille. (2) Starhemberg à Kaunitz, 21 novembre 1761. Archives de Vienne.
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et l'aigreur des rapports entre le maréchal de Broglie et le duc de Choiseul sont arrivés à un degré qui ne permet pas d'espérer entre eux un accord complet et loyal. J'ai eu l’occasion de voir une partie des dépêches échangées au cours de cette campagne et j'ai constaté qu'elles étaient toutes remplies de reproches, de plaintes et de pointes. Le ministre blâme hautement aussi bien la conduite militaire du maréchal que son humeur insupportable. H ne me surprendrait pas quand le duc de Broglie abandonnerait son commandement ou quand il le lui serait enlevé, » Starhemberg fait allusion au désir qu'on attribue à Choiseul de faire mettre son frère le comte de Stainville à la tête de l'armée, à la mauvaise intelligence qui existerait entre ce dernier et son général. «Il est décidé, rapporte l'ambassadeur, qu'il n’y aurait qu un commandant en chef la campagne prochaine, mais les voix sont partagées à propos du choix qui sera fait, on parle de Soubise, dont Choiseul est bien content, et qu'il aime miux voir éloigné de la cour que présent. Une circonstance qui ne favorisera pas les affaires de Broglie c’est la divergence d'opinion entre celui-ci et son ministre sur la disposition des quartiers d'hiver. Le mémoire que le maréchal vient d'envoyer contredit depuis le commencement jusqu'à la fin le projet que Choiseul en personne avait élaboré (1). »
Le conflit devait se dénouer à la cour; Broglie, accompagné de sa femme et de son frère, quitta Cassel le à 17 décembre en route pour Paris où ils arrivèrent au commencement de janvier. À en croire notre informateur Starhemberg, ils ne devaient pas trouver bon ac- ÿ cueil de la part de Choiseul. Ce dernier lui avait montré(1) { à l'égard du maréchal beaucoup d’animosité et avait
dénigré sa capacité et son talent militaire, « c'était un Le ,
(1) Starhemberg à Kaunitz, 27 décembre 1761. Archives de Vienne.
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