‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 103 sur 230 · CONFLIT ENTRE BROGLIE ET CHOISEUL · texte numérisé non relu

CONFLIT ENTRE BROGLIE ET CHOISEUL

bon partisan, mais tout à fait impropre à la conduite d'une grande armée ». À l'ambassadeur qui demandait s'il avait sous la main un général distingué et d’expérience à mettre à sa place, Choiseul s'était dérobé en disant qu'il ne se mêlait pas de la désignation des commandants d'armée et qu’il appartiendrait au Roi de décider si Broglie conserverait sa place ou serait remplacé. Ce fut en vain que l'Autrichien prit la défense du général et fit appel au patriotisme du ministre en le suppliant d'oublier ses préférences personnelles pour ne penser qu'au talent militaire du général et à la confiance que le public avait mise en lui.

Fidèles à un système dont nous avons vu le maréchal de Belleisle se plaiadre, les frères de Broglie tenaient leur oncle, l'abbé de Broglie, au courant des inridents de l'armée; le comte lui avait même communiqué les lettres particulières qu'il recevait de Choiseul. Ce dernier, l'ayant appris, qualifia en termes très vifs le procédé. Le comte aussitôt de s'adresser (1) au Roi : « J'ai l'honneur d’envoyer à V. M. la copie de ma lettre d'aujourd'hui à M. le duc de Choiseul, Elle y verra que ce ministre ayant appris que j'avais communiqué à mon oncle celles que je lui écris, il en a été extrêmement fâché, je ne suis pas étonné qu'il ne se soucie pas qu'on sache la vérité avec laquelle je lui parle, j'espère cependant qu'il comprendra que mon oncle et M. de Beauvau peuvent être au fait de cette correspondance sans qu'il ait aucun reproche à me faire. V. M. verra les détails dans lesquels j'entre au sujet de mon frère, je serais enchanté de pouvoir mettre l'union et la confiance si nécessaires entre deux personnes chargées des affaires de V. M., car je sens qu’il est impossible que les choses restent sur le pied où elles en sont; je voudrais surtout préparer

(1) Comte de Broglie au Roi, Paris, 9 janvier 1762. Correspondance secrète de Broglie. Affaires Etrangères.

les voies pour le moment où mon frère arrivera à Paris, et obtenir de M. de Choiseul des procédés décents, ne pouvant pas répondre que mon frère ne lui marquât trop de sensibilité s'il en usait autrement. Mais un point bien plus important, Sire, c'est la manière dont V. M. daignera le traiter à son arrivée, toute la France aura les yeux ouverts sur cet événement et mon frère mourrait de douleur, s'il pouvait s'apercevoir que ses services ne lui ont pas été agréables, et qu’Elle n’est pas persuadée de son zèle et de son respectueux attachement. Je supplie donc V. M. de ne nous pas affliger aussi sensiblement, et j'ose dire que nous ne le méritons pas, par la manière dont nous la servons sans relâche depuis que nous sommes au monde. »

À leur arrivée à Paris, les Broglie trouvèrent en armes toute la troupe de leurs ennemis; Choiseul oublia tous les ménagements qu'il avait gardés jusqu'alors et se déclara l'adversaire résolu du maréchal. Dans les derniers jours de janvier, celui-ci éprouva l’affront de n'être pas admis au souper du Roi. Le comte fait à son maitre (1) un appel désespéré : « C'est avec la même confiance que je prends encore la respectueuse liberté de lui observer que l'humôiation que mon frère a éprouvée samedi en n'étant pas admis au souper de V. M. a été donnée par la cabale qui lui est opposée, comme le triomphe le plus complet, et elle annonce que mon frère se trouvera dorénavant exclu des movens de faire sa cour à son maitre toutes les fois qu'il plaira à son ennemi de se présenter. Il est facile de concevoir l'effet que produit une pareille opinion et combien elle dégrade un des plus fidèles sujets de V. M. qu'elle a revêtu des dignités et des postes les plus considérables. » Le comte pie le Roi de lui « pardonner la liberté qu'il prend de l’entretenir de ces objets par la

(1) Comte de Broglie au Roi, 26 janvier 1762, Vol. 539. Correspondance secrète. Affaires Etrangères.

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