‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 104 sur 230 · MEMOIRE JUSTIFICATIF DE BROGLIE · texte numérisé non relu

MEMOIRE JUSTIFICATIF DE BROGLIE

voie secrète qu'Elle m'a permise ». Il se demande quelle peut être la cause de l'inimitié de Choiseul, à moins que par le canal de Boyer, qui est tout à lui, ou « de quelquesuns de ceux qui ont encore part au secret de V. M., il n'ait appris, comme on me l’a assuré, que j'avais le bon heur d'être en correspondance directe avec Elle et que cela ne lait déterminé à vouloir nous détruire par quelque moyen que ce soit ». Attribuer l'attitude de Choiseul à la découverte qu’il aurait faite de la politique secrète de Louis XV et à la jalousie qu'il en aurait concue, c'était intéresser personnellement le Roi à la querelle et faire appel à son caractère susceptible et soupçonneux. La manœuvre était habile, mais elle ne réussit pas.

‘ Deux jours avant l'envoi de la lettre de laquelle nous venons de citer des extraits, le maréchal de Broglie avait remis à Louis XV, à Choiseul et à tous les ministres un mémoire accompagné de pièces justificatives (1) sur les opérations de guerre postérieures à la séparation des deux commandements. Cette pièce avait pour but de démontrer que pendant la plus grande partie de la campagne, Soubise n'avait eu affaire qu'à des détachements peu importants de l'ennemi, que ses lenteurs et ses hésitations avaient transformé son corps d'armée en quantité négligeable et permis au prince Ferdinand, en gardant avec lui le prince héréditaire, d'opposer à Broglie des forces égales ou supérieures.

Le document contient le résumé des mouvements du prince héréditaire depuis le 10 août jusqu'à la fin de la campagne; il relate son arrivée à Buren le 13 de ce mois, la part qu'il avait prise aux opérations en [esse jusqu'aux 25 et 26, la relève de Hamm, la surprise de Dorstein, le séjour à Erwete, le retour vers la Dymel le 15 septembre et la démonstration sur Fritzlar; enfin la marche sur la

(1) État de tous les mouvements du corps du prince héréditaire ou d'une partie depuis le 10 août jusqu’à la fin de la campagne. Papiers de famille,

Hesse interrompue le 16 octobre à Paderborn par la nomination du prince au commandement des forces confédérées réunies à Hildesheim et par le retour à la grande armée de ses troupes passées aux ordres d Hardenberg.

Les conclusions du mémoire sont 1ccablantes pour le maréchal de Soubise et par répereussion pour son défenseur, le duc de Choiseul : « Il en résulte que la plus grande partie du corps du prince héréditaire n'a pas été un seul jcur, depuis le 10 août 1761, à portée de l’armée du Bas-Rhin.

« Que vis-à-vis cette armée, du 10 au 26 août, il n'y a eu que le corps de Kielmansegge, fort de 6.000 hommes;

« Que depuis le 26 août jusqu’au 12 septembre, M. de Kielmansegge a été renforcé par le général O’Heim commandant un corps de #.000 hommes;

« Que pendant ce temps M. le prince héréditaire était, avec la plus grande partie de son corps, depuis Buren

jusqu'à la Lippe, position intermédiaire entre les deux armées françaises du Haut et Bas-Rhin, et plus rapprochée de la première qui avait alors sa gauche vers Wolfhagen, que de la seconde qui était entre Dorstein et Halier;

« Que depuis le 12 septembre jusqu'à la fin de la campagne, M. le prince héréditaire a toujours été à la droite ou à la gauche et très près de M“ le prince Ferdinand, et opposé seulement aux troupes de l’armée du Haut-Rhin. » D'après les calculs de Broglie, le fonds de l’armée des alliés réunis se serait monté à 116.000 hommes, réduits à 90.000 par le détachement permanent de Westphalie et par les garnisons; sur ce total, sauf penGant les 15 jours de la période de la relève de Hamm, l'armée du Bas- Rhin n'aurait eu en face d'elle que les 10.000 hommes de Kielmansegge et O'Heim. Au contraire, depuis le 10 août jusqu’à la fin de la campagne, l’armée du Haut-Rhin forte de 98.000, déduction faite des garnisons et de la ligne des communications, aurait été opposée tantôt à

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