DISGRACE
traires au bien de mon service que d’un mauvais exemple dansmonroyaume, je vous en marque mon mécontentement en vous Ôtant le commandement de ma province d'Alsace, et en vous ordonnant de partir pour votre terre de Broglie dans la journée de samedi, où vous resterez jusqu'à nouvel ordre de ma part. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait et vous conserve en sa sainte et digne gare. A Marly, ce 18 lévrier 1762. » Voici en quels termes (1) Choiseul transmit la nouvelle de Ia disgrâce au marquis d'Ossun, ambassadeur à Madrid : « Les avis du Conseil du Roi ont été nnanimes : l’incompatibilité et la présomption de M°*" de Broglie étaient montées au plus haut degré et au point de les aveugler jusqu'à les engager à présenter au Roi un mémoire fixe sur les faits et calomnieux contre M. de Soubise. La justice du Roi a prévalu sur sa bonté, et même sur l'espérance des services que pouvait lui rendre M. de Broglie. Il lui a enlevé le commandement de ses armées et de la province d'Alsace, et l'a exilé dans sa terre de Broglie. Il est bien fâcheux que les sujets qui peuvent être utiles se mettent dans des situations où ceux qui les soutiennent le plus re peuvent pas les aider. »
Dès le fin de décembre1761 Starhemberg avait prévu la disgrâce. Il en attribue la cause tout au moins immédiate à la présentation du mémoire justificatif que Choiseul n’aurait rien fait pour arrêter; ce reproche, d’après les lettres échangées que nous avons reproduites, ne semble pas justifié, mais à partir de ce moment tout le parti du ministre s’acharna à ruiner le maréchal et son frère. « A peine la pièce avait-elleété déposée, écrit l'ambassadeur (2), jue les efforts unis de Choiseul, de la Pompadour, de la duchesse de Gramont, de Soubise, d’Estrées et du comte de Choiseul travaillèrent à consommer la chute de Broglie
(1) Starhemberg à Kaunitz, 56 février 1762. Archives de Vienne. (2) Choiseul à Ossun, 23 février 1762. Lettres de Choiseul à Ossun, vol. 574, Affaires Etrangères.
GUERRE DE SEPT ANS. — T, v. 14
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et à lui enlever son commandement. » Tous les renseignements qu'il avait pu recueillir indiquaient Soubise comme son successeur avec Armentières comme premier lieutenant-général, Montazet comme chef d'état-major. Starhemberg tout en rendant justice à la noblesse des sentiments et au bon esprit de Soubise le considère comme très inférieur à son rival au point de vue des qualités nécessair?s pour exercer le commandement en chef et ne le croit pas capable de gagner la confiance des militaires et de la nation. Quelques jours après la publication de l’ordre d’exil, Starhemberg revient sur l'affaire. Il dépeint la mauvaise impression produite par la disgrâce sur le pubiic aggravée par la dureté de la sentence royale, fait allusion à La représentation de Tancrède à la Comédie française où les spectateurs s'emparèrent d’un vers de la pièce pour acclamer l’exilé et constate le mécontentément général qu'il fallut apaiser en confiant au maréchal d’Estrées la direction supérieure des opérations, tandis que Soubise ne conserverait que le détail du commandement. D'après l'ambassadeur de Marie-Thérèse il y aurait eu lutte entre le ministre et le maréchal, la victoire serait restée au crédit bien supérieur du premier.
En matière de disgrâce Louis XV se montrait aussi rancunier que cruel à l'égard de ses meilleurs serviteurs. A en croire les propos tenus en 1763 par Chaiseul (1) à M. de Thiers (Crozat) père de la maréchale qui sollicitait pour son gendre la permission de se rendre à Paris auprès de sa mère mourante, l’irritation du Roi contre le duc de Broglie avait été poussée à un tel degré qu’elle se manifesta par des procédés indignes du Monaroue. Louis XV se refusait à accorder la requête; il semblait « croire que la maladie était feinte » et il voulait « prendre du délai jusqu’au dimanche pour en être éclairé ». Au ministre qui avait ob-
(1) Extrait des trois dernières conversations de M. de Thiers avec M. le duc de Choiseul, 25 et 29 avril, 6 mai 1763. Papiers de famille de Broglie.
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