‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 12 sur 230 · ENVOI DU BATAILLON DE CAMBRÉSIS A L'ILE DE FRANCE · texte numérisé non relu

ENVOI DU BATAILLON DE CAMBRÉSIS A L'ILE DE FRANCE

été fait prisonnier, on se le rappelle, à la défaite de Vandavechy; revenu sur parole à Pondichéry, il avait cherché à recouvrer sa liberté en versant une rançon; les Anglais l'avaient refusée sous prétexte d'inobservation (1) du cartel d'échange par les Français; on reprochait à ceux-ci de ne pas acquitter la dette contractée pour l'entretien de leurs compatriotes prisonniers et aux officiers renvoyés sur parole de reprendre leur service sans acquitter la rançon. il fit en vain appel à Lally qui refusa d'intervenir, et il dut se résigner à se rendre à Madras d’où il fut embarqué pour l'Angleterre dans les premiers mois de 1761. Bussy ne prit donc aucune part aux tristes dissentiments quisignalèrent la chute de Pondichéry.

Cependant, les navires qui portaient le bataillon de Cambrésis et son commandant, la Galissonnière vicomte de Berrin, étaient arrivés sans incident à l’ile de France. Ils y trouvèrent les forces navales et militaires en très mauvais état: l’escadre de d’Aché à la suite d’un ouragan violert du rois de janvier 1760 avait éprouvé de grosses avaries; sur 11 vaisseaux, 5 seulement étaient en état de prendre la mer ; or manquait de vivres et il fallait aller en chercher à Madagascar. Les quelques soldats de la Compagnie en garnison dans l'ile étaient dans un dénûüment absolu, comme en témoigne le rapport de Barrin(2) : « Les forces de terre de cette colonie consistent en une garnison de mille hommes qu’on peut réduire à six ou sept cents sous les armes, qui sont sans bas, sans souliers, sans habits, nourris depuis 7 à 8 mois avec du pain sans autre subsistance, cnmposés d’ailleurs d'hommes sur l'attachement d'une partie desquels je ne sais si l'on doit beaucoup compter, premièrement parce que plusieurs sont envoyés ici contre leur gré pour les punir ou pour s’en débarrasser ;

(1) Lettre de John Call, Fort St-George, 15 juillet 17%0. Newcastle Papers. (2) Barrin à Belleisle, Ile de France, 25 septembre 1760. Archives de la Guerre,

secondement parce que n'y ayant point de casernes et l’usage n'étant point de les loger par billets, ils s’établissent où ils veulent et sont par conséquent très peu disciplinés. » Barrin espère améliorer leur esprit en leur faisant « fournir la viande salée comme au régiment de Cambrésis depuis le premier d'août, quoiqu'il y en eût que fort peu dans les magasins. Outre ces troupes de blancs, il y a encore trois compagnies de bourgeois et d’ouvriers faisant environ #00 hommes et plus 2.000 noirs qu'on compte employer au Canon ».

Barrin, dont la destination ultérieure devait être Pondichéry, conclut à l'impossibilité de s’y rendre. aussi tard dans la saison. Dans une autre dépêche (1) du 18 novembre, il renouvelle ses plaintes sur le manque de vivres et sur le défaut d'argent pour en acheter au Cap de Bonne- Espérance : « Si l’on perd Pondichéry, ce sera faute d’argent plus que d'hommes. » Il se montre rassuré sur le sort de l’île : « {i y a apparence que l'ile de France ne sera pas attaquée cette année, ni la prochaine 1761; sans 3 ou #.000 hommes les Anglais ne peuvent rien. »

Laissons l'ile de France se préparer à repousser un débarquement qui ne se produisit pas, quoique le projet en ait été repris au cours de 1761, et revenons à Pondichéry étroitement bloqué, dont la fin approchait à grands pas.

Lally, qui n'avait pu décider le conseil à le seconder &ans les mesures à prendre dans l'intérêt de la défense, n’était pas assez maitre de lui pour s'empêcher de lui écrire en termes qui dénotaient une mentalité mal équilibrée : « Cette colonie serait pire qu'un désert rempli de bêtes féroces, si tous ceux qui m'y souhaitent du mal étaient capables de m'en faire. » Vers le commencement de décembre, le général s’alita et ne quitta plus sa

(1) Barrin à Belleisle, Ile de France, 18 novembre 1760. Archives de la Guerre.

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