‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 120 sur 230 · LAUDON OPÈRE SA JONCTION AVEC L'ARMÉE RUSSE · texte numérisé non relu

LAUDON OPÈRE SA JONCTION AVEC L'ARMÉE RUSSE

venait de Parchwitz était en bataille, la gauche sur les hauteurs de Kunzendorf appuyée à la Leisbach etla droite au village de Tenschel. Comme la tête de l’armée du Roi arrivait seulement aux hauteurs de Nicolstatt, M. de Laudon vit qu’il était encore temps de prévenir l'ennemi aux hauteurs de Wahlstatt; c’est pourquoi il s’en fut droit à M. le maréchal Butturlin pour lui représenter l’importance du poste, et lui demander 3 bataillons pour les occuper, la cavalerie impériale arrivant à temps pour les y seconder, Mais ce général ne jugea pas à propos de rien détacher: il y envoya seulement quelques pièces de canon sans troupes pour en imposer à l'ennemi qui n’en fut pas dupe. Car la tête de l’armée du Roi ne voyant point d'infanterie devant elle, descendit le Spitzherg et gagna les hauteurs de Wahlstatt. La cavalerie impériale n'étant soutenue d’aucune infanterie se replia et joignit la droite de l’armée russe à laquelle elle était destinée. Tout cela ne s’est pas passé sans canonnade, mais d'aucun effet. Toute l’armée du Roi joignit ensuite et s’étendit sur deux lignes sur lesdites hauteurs. Elle y était encore hier à 3 heures que nous quittâmes l’armée russe. Le renfort de cavalerie laissé à ladite armée monte à 60 escadrons et l'élite, puisque ce sont tous les carabiniers et grenadiers à cheval de l’armée. C’est le lieutenant-général comte Martigni qui les commande. Pendant ce temps-là, ies grenadiers de la réserve, les corps de Brentano et d'Elrichausen avaient repris leur ancien camp près de Striegau, 20 escadrons de la gauche de l’armée y sont venus remplacer la cavalerie détachée aux Russes. » Le même rapport annonce l’arrivée: à Goldberg du général Beck pour servir de liaison entre les armées de Saxe et de Silésie. Mesnager de son côté rend compte des opérations(1) : « Les Russes ont certainement plus fait

(1) Mesnager à Choiseul, Rosnilk, 17 août 1761. Archives de la Guerre.

qu'ils ne voulaient et qu’ils ne se croyaient capables ; leur acrnière marche se peut compter dans le nombre des plus hardies »; il fait l'éloge de la rapidité des manœuvres du roi de Prusse ; « sacontenance depuis deux jours nous doit annoncer quelque grand événement. Il serait bien triste, Monseigneur, que les circonstances empêchassent M. de Laudon d'attaquer, car certainement M. de Butturlin ne le fera pas et s’il se passe encore deux jours de tranquillité, je ne voudrais pas répondre de la persévérance des Russes qui véritablerent vont manquer de subsistances et prendront beaucoup d’ombrage de l'inaction des Autrichiens ».

D'après le journal de l'armée russe(1), la cavalerie sous les ordres de M. de Berg se serait fort distinguée dans la journée du 15. « Il a forcé plusieurs fois les escadrons ennemis de se replier, et s’il eût été soutenu par l'infanterie, jamais le Roi n’eût pu faire toutes ses marches et contremarches. » L'arrivée de 80 escadrons prussiens allait décider la retraite des Russes, « lorsqu'il arriva un officier de la part de M. de Laudon qui nous apprit que ce général était en marche avec toute sa réserve d'infanterie etsoixante escadrons; il était parti de Striegau pendant la nuit, et afin de faire plus de diligence, il a mis à pied quelques compagnies de carabiniers et s’est servi de leurs chevaux en relais pour le canon; les Autrichiens ont marché presque à même hauteur que les Prussiens, et dans lesdites plaines se sont toujours canonnés, mais ces derniers s'étant emparés d’une hauteur qüe les Russes ont négligé près de l’abbaye de Waldstatt, ils y ont établi des batteries qui ont beaucoup incommodé lesdits Autrichiens. Lorsqu'il a été question d’arrêter leur tête pour que M. de Laudon püût nous joindre, à peine eut-il présenté sa cavalerie qu'il dit adieu à M. le

(i} Jaurnal de l'armée russe, 15 août 1761. Archives de la Guerre.

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COMBAT DE WANHLSTATT, 238

maréchal Butturlin, et avec deux escadrons de hussards, il força les avant-postes ennemis et doit avoir rejoint et reconduit dans son camp l'infanterie, puisqu'elle n’a pu arriver assez à temps pour passer de notre côté; il nous a été impossible de rien connaitre aux mouvements des ennemis, puisqu'ils ont poussé ieur cavalerie en avant et l'ont tellement farcie de canon dans les intervalles qu'à deux heures nos troupes légères ont plié et que nous avons fait toutes les dispositions nécessaires pour bien recevoir l'ennemi; en attendunt, la canonnade a été vive de part et d'autre et a duré jusqu'au soir ». Les pertes de chaque côté ne furent pa: lourdes. Mesnager fait l'éloge de la discipline observée dans l’armée russe : « Aujourd'hui pendant la marche, M. le maréchal ayant trouvé trois officiers qui pillaient, il les à dégradés et sur-le-champ ils ont été faits soldats; hier il y en eut cinq qui pour la même cause eurent les quenouttes, le nez et les oreilles coupés. »

La communication directe entre Laudon et Butturlin s'était établie # jours avant le combat de Wahlstatt; dès le 11 août Laudon avait appris de Caramelli attaché autrichien au quartier général russe que le corps d'armée de Czernitchew avait réellement franchi l'Oder à Leubus; il envoya aussitôt le général Botta pour se concerter sur les dispositions ultérieures et pour s'assurer si Butturlin était bien décidé à suivre son lieutenant. Une explication franche était d'autant plus indispensable que Laudon n'osait pas abandonner le district montagneux par lequel il communiquait avec les magasins de Bohème et de Moravie et qui lui fournissait ses subsistances et celles des

«Russes. Le 1%, le général autrichien eut à Liegnitz une entrevue avec le général en chef russe; à son retour dans la soirée il apprit que les Prussiens avaient manœuvré toute la nuit et s'élaient rapprochés de Bunzelwitz où était campé le margrave Carl avec une partie de

leur armée; il en avisa aussitôt le maréchal russe et le pria de marcher sur Jaüer; il lui donnait sa parole d’honneur qu'il viendrait à son secours s'il était attaqué par Frédéric. Les Russes qui entre-temps avaient franchi l’Oder et rejoint le camp de Czernitchew ne voulurent pas accepter cette proposition, mais ils levèrent le camp de Daun et prirent position le 15 août entre Hunhern et Kunzendorf. Ce fut à l’occasion de ce mouvement qu’eut lieu le combat de Wahlstatt. Ce même 15 août Laudon soumit à son collègue les projets suivants : lui envoyer un renfort de 20 à 25.000 pour une attaque qu'il dirigerait contre la position prussienne ou “ournir le même contingent pour une offensive dans le cas où les Russes désireraient s’en charger ou combineravec le corps de Brentano un mouvement général en avant. Le mémoire qui accompagnait ces projets insistait sur l'avantage d'attaquer l'armée prussienne sans retard.

Pour entrainer son allié qui décidément se souciait peu d’une rencontre avec Frédéric, Laudon multiplia les démarches, il renouvela sa visite au camp, chercha à gagner le Russe à son avis et arracha enfin la promesse d’un mouvement sur Jaüer.

Nous trouvons dans le rapport %e Montrozard (1) la suite des événements : « Sur là parole que les Russes avaient donnée de faire la marche de Jaüer, M. de Laudon s'était proposé de regagner en conséquence 1e Pitschenberg pour couper l'ennemi de Schweïdnitz. Les Russes partirent en effet de leur camp de Klemervitz * 10 h. de la nuit du 18 an 19, et dirigèrent leur marche sur Hockirk où ils sont encore. M. de Laudon avait fait plier les tentes À son armée hier de grand matin et poussé l'avant-garde du général Brentano sur les hauteurs en avant de Jaüer pour les recevoir, l'ennemi ne pouvait pas faire la moin-

(1) Montrozard à Choiseul, Freyburg 20, août 1761. Archives de la Guerre,

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