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FRÉDÉRIC S'ÉTABLIT A BUNZELWITZ. 239
russes, mais le soir du même jour, ces derniers en tiennent un nouveau, cette fois particulier, à la suite duquel le projet d'attaque est abandonné; le 29, le quartier général est à Striegau.
L'appréciation de Mesnager {1) est pessimiste : «Je vois avec douleur que les Russes réfléchissent présentement sur la démarche où ils se sont insensihlement laissé conduire. Quand M. de Laudonr parait, un chacun le fête et est de son avis avant même qu'il l'ait proposé, mais il se tient tous les jours des conseils particuliers qui révoquent le soir ce qui a été promis le matin, enfin je ne crains point de vous l'annoncer, Monseigneur, la politique des Russes semble prendre le dessus et s’ils se battent, ce sera malgré eux. »
Quant à Frédéric qui s'était établi à partir du 20 août dans le camp retranché de Bunzelwitz (2), il est plein de confiance. « Les Russes, écrit-il au prince Henri, campent actuellement entre Striegau, Jaüer, Laudon à Fribourg et Kunzendorf. S'ils voudro' ; m'attaquerici j espère qu’ils en saigneront bien du nez, ce qui, selon toute apparence, se fera entre ici et trois jours. »
La position dans laquelle s'était retiré Frédéric mérite une description détaillée : elle est connue sous le nom de camp de Bunzelwitz. Il étaitétabli dans la région formée par les derniers contreforts des montagnes de la Silésie. C'était une succession de petites collines, couronnées de bois pour la plupart etséparées par des ravins arrosés de ruisseaux et par des terrains marécageux. Une ceinture de tranchées appuyée sur des redoutes et des ouvrages de campagne entourait un rectangle irrégulier comprenant les territoires de Jauernick, Zedlitz, Tschenchen, Neudorf, Teichenau et Bunzelwitz. En avant du front Zedlitz-Tschechen s'étendait un rideau d'arbres; un cours d’eau s'étalant en étangseten maraisformait un fossé naturel. Au centre, vers
(t) Mesnager à Choiseul, Striegau, 30 août 1761. Archives de la Guerre, (2) Frédéric à Henri, Bunzelwitz, 23 août 1761. Corr. Pol. XX, p. 608.
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Jauernick, un bois peu étendu couvrait les pentes et masquait les approches du plateau où se tenaientle parc de munitions et les réserves de l’arméeroyale. Du village de Neudorf, situé en dehors et au nord du camp, un ravin remonait vers le plateau ; pour en fermer l’accès on avait armé ses flancs d'ouvrages qui constituaient un angle rentrant dans la ligne défensive. Enfin, à Teichenau, à Bunzelwitz et à Jauernick on avait élevé en avant de la chaîne des fortifications intérieures des ouvrages avec glacis, armés de grosse artillerie. De Jauernick à Zedlitz, le terrain assez accidenté était défendu par une suite ininterrompue de redans protégés par une petite pièce d’eau et par une excavation remontant aux temps des guerres suédoises. Enfin, enarrière dela ceinturedecette partie du camp, s'élevait une petite hauteur, le Pfalfenberg, du sommet duquel on avait vuesur tout le plateau. Les diverses localités comprises dans le camp étaient cotées ; 258 mètres Jauernick, 255 Pfalfenberg, 224 Bunzelwitz, 263 Würben en face de Teichenau. De Bunzelwitz à Schweidnitz la distance n'était que de 5 kilomètres. Les deux points faibles de la position étaient Les secteurs de la circonférence compris l’un entre Peterwitz, Neudorf et Ebersdorf, et l’autre entre Bunzelwitz et Jauernick, surtout Le dernier. Si l’assaillant réussissait à percer les lignes et à se rendre maitre du Pfalfenberg, il possédait la clef du camp retranché et il ne resterait au défenseur d'autre parti que de se retirer par Neudorf, Rothkirschdorf dans la direction de Zobten ou Schweïdnitz. Aux avantages naturels de son camp, le Roi avait ajouté ceux d’une fortification de campagne très complète ; lestroupes prussiennes avaient construit de nombreuses flèches, des redoutes palissadées, creusé des tranchées et des batteries, dont le feu se croisait sur les fronts d'attaque. Dans l'ensemble, 191 canons de gros calibre avaient été tirés de la forteresse voisine de Schweïdnitz, et si l’on comptait les pièces de régiment, l'armée royale disposait de
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