‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 127 sur 230 · LES ALLIÉS RENONCENT A ATTAQUER · texte numérisé non relu

LES ALLIÉS RENONCENT A ATTAQUER

Le projet d'attaque élaboré par Laudon avait été prévu pour une date aux environs du 22 août ; il serait oiseux de discuter les chances de succès qu'il aurait présentées, mais il avait pour lui l'immense avantage de ne pas laisser aux Prussiens au moins 10 jours de répit, dont ils surent tirer un excellent parti pour leurs travaux de défense. Il fut soumis à Daun, et Montazet qui en eut connaissance (1) en fait l'éloge : « Il y a4 jours que l’on attend ici la nouvelle d’une bataille en Silésie, M. de Laudon ayant mandé à M. le maréchal que les Russes l'avaient joint en se portant sur Hohenfriedberg et qu'on y avait tenu un conseil de guerre dans lequel il avait été décidé qu'on irait attaquer le Roi dans sa position de Jauernick. Il a été résolu en mème temps que le gros de l'armée russe porterait son attaque entre Striegau et le bois appelé Nonenbuch sur l'aile droite de l'ennemi; que le corps de M. de Czernitchew en ferait une par le débouché de Puschkau derrière sa droite; que M. de Brentano gagnant d'avance la montagne de Pitchenberg, l’attaquerait en dos, et que M. de Laudon avec toutes ses forces réunies attaquerait entre Jauernick et Teichenau. Cette disposi-

tion est parfaitement bonne, et n'a pu ètre faite que par.

quelqu'un qui connaît bien le pays; mais plus elle est compliquée, plus il faut de temps et d'art pour l’exécuter. Plus elle est dangereuse pour le roi de Prusse, plus je suis persuadé qu'il ne s’exposera pas à être détruit sans nécessité. Je crois donc fermement qu'il n'y aura pas de bataille, parce que le mouvement préliminaire à l'action doit être fait un jour d'avance, et que le roi de Prusse peut en quatre heures prendre derriere la Schweidnitz une bien meilleure position que celle qu'il a aujourd’hui. Je suis en même temps persuadé qu'il l'aurait déjà

(1) Moñltazet à Choiseul, sous Dresde, 30 août 1761. Archives de la Guerre. Ce que dit Montazet du plan d'attaque confirme la version de la participætion de toute l’armée russe à la bataille,

prise s'il n'avait voulu nous faire perdre du temps et s’il n'avait calculé plus d’une fois celui qu'on est à faire des dispositions pour l’attaquer. Tout cela me confirme de plus en plus qu'il n’y aura rien d'intéressant en Silésie. Je vois même par la consommation énorme que fait l’armée russe qui se croit au cabaret sans devoir payer, qu'on ne sera pas longtemps à la congédier, puisque l’Impératrice n'est pas en état de la faire subsister, »

Un officier de l'armée de Laudon (1) donne sur la coopération possible des deux armées des appréciations qui se rapprochent de celles de Montazet,.

« Après être joint avec l’armée entière des Russes vous serés surpris sans doute, qu'avec une si grande supériorité nous ne tentions rien contre l'ennemi, quoique nous n’en soyons éloignés qu’une lieuë, et que nos postes avancés se touchent ; mais cette surprise cesserait bien vite, si vous connoisiés aussi bien que nous, l’état et les arrangements des Russes. On ne sçauroit s’imaginer quelque chose de plus mauvais. Nous sommes obligés de leur fournir tous les jours 180.000 portio::: de nos propres magazins, et nous payons trois kreutzers par jour à chaque soldat, car ils manquent de tout, outre cela nous devons leur soigner encore les rations nécessaires. Réflechissés je vous prie sur tout ceci : voler, piller, et sacager, voilà leurs uniques occupations et toutes les peines de notre digne chef pour empècher ces désordres, sont inutiles ; la généralité répond, qu'il est impossible de retenir le soldat, et celui dit que c'est leur facon de faire la guerre dans un païs ennemi, et qu'ils ne connoissent point d'autre. Vous pouvés conclure aisément de tout ceci que nous ne pouvons nous soutenir longtemps ici sur ce pied, devant bientôt manquer de tout.

« Le roi de Prusse occupe un camp que la nature et l’art

(1) Extrait d'une lettre d'un officier de l’armée de Laudon, 8 septembre 1761. Record Office.

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