RAIN DE PLATEN
En attendant l’exécution des grandes opérations projetées par l'état-major russe, la retraite s'était effectuée sans incident ; le départ avait été précédé d’une dernière visite de Laudon; « l'extérieur de cette séparation, constate Mesnager (1), dévoile ni confiance ni regret »; la marche avait été parfaitement tranquille, « pas un hussard prussien ne nous à fait l'honneur de nous suivre », mais « les excès en tout genre deviennent très fréquents, la Silésie se souviendra longtemps de l'apparition des Russes ». Le 16septembre, on effectua la traversée de l’Oder et on apprit l'exploit du général Platen qui avait rempli avec succès la mission dont le Roi de Prusse l'avait chargé ; il avait enlevé et détruit un important magasin à Goslin, battu l’escorte et capturé Le brigadier Cherepow, près de 2.000 hommes et 7 canons, délivré des prisonniers prussiens ct brûlé un grand nombre de voitures; il avait continué ses dévastationsautour de Posen et gagné Landsberg où ilétaitarrivé le 22, uon sans quelque opposition des cosaques de Berg qui l'avaient devancé et avaient brülé le pont sur la Wartha. Platen jeta sur la rivière un pont de bateaux, séjourna 3 jours dans la ville à l'effet de donner quelque repos à ses troupes et en repartit le 25 pour courir à l’aide du prince de Wurtemberg qui était aux prises avec Romanzow devant Colberg. Ce raid de 350 kilomètre (2) en 10 jours lui avait coûté, d'après Mesnager, force chevaux, trainards et chariots; par contre, il avait porté la perturbation dans les opérations des Russes et les avait obligés à renoncer faute de subsistances à tout mouvement sur Berlin et sur la vieille Poméranie.
Entre temps, les hostilités avaient été suspendues en
(1) Mesnager, Journal de l'armée Russe, 19 septembre 1761. Archives de la Guerre,
(2) Frédéric à Finckenstein, Pilzen, 26 septembre 1761. Corr. Polit., XX. p. 628.
Silésie, comme l'écrivait ironiquement Montazet (1). « Le corps russe sous M. de Czernitchew se repose de ses fatigues avec l'armée de Laudon et jusqu'ici il ne transpire rien de ce que ses forces réunies doivent faire. » Ainsi que nous l'avons dit, jusqu'au 26 septembre Frédéric ne bougea pas de Bunzelwitz; il leva alors son camp et se porta sur l'Ohlau où il s'établit le 29 à Gross-Nossen. Il considérait la campagne comme terminée et prenait ses dispositions pour les quartiers d'hiver et pour son retour en Saxe au courant du mois d'octobre, quand il fut brusquement troublé dans sa quiétude par la nouvelle de la. prise de Schweidnitz que Laudon avait enlevé par escalade dans la nuit du 1 octobre. Laudon avait gardé le silence le plus absolu sur l’entreprise qu’il projetait contre cette place, il ne l’avait confiée qu’à l’empereur. Par lettre du 28 septembre, il avait proposé à la cour de Vienne de renvoyer en Saxe les 29 bataillons et 78 escadrons qui étaient venus le renforcer, au début de la campagne; il avait suggéré, pour le cas où les Prussiens ne laisseraient en Silésie qu'un corps de 20.000 à 25.000 hommes, de faire un second envoi de 20 autres bataillons avec un contingent proportionnel de cavalerie; ils’était offert pour prendre le commandement de ce dernier détachement. Un ordre de cabinet du 2 octobre (2) avait accepté la première proposition, mais avait ajourné à une date ultérieure la décision à prendre sur le deuxième renvoi et sur la désignation du général qui commanderait les troupes.
Ce même jour, 28 septembre, Daun avait demandé à renforcer ses forces de 45.000 hommes, prélevés sur l’armée de Silésie, qui seraient employés à occuper la Lusace, Freyburg, à s'étendre dans la région des Erzgebirge et
(1) Montazet à Choiseul, sous Dresden, 19 septembre 1761. Archives de la Guerre.
(2) Cabinet Schreiben an Laudon, Vienne, 2? octobre 1761. Archives de Vienne.
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