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LES RUSSES OUVRENT LE FEU

de canon des lignes prussiennes, entre Strüpsock et Wobrodt avec son quartier général à Zermin. Le 6 septembre, les Russes ouvrirent le feu de leurs batteries, jetèrent des ponts sur la Persante et repoussèrent la cavalerie de Werner sur l’autre rive. Déjà la situation dans le camp prussien devenait pénible; sous la tente qui ne donnait contre la pluie et les premiers froids qu’un abri insuffisant, à court de bois pour se chauffer et faire leur cuisine, les soldats étaient réduits à se creuser des logements où ils souffraient de la saleté et de la vermine. Les arrivages en provisions de bouche et surtout les fourrages répondaient à peine aux besoins.

Désireux de se donner de l'air et d'obtenir plus de facilités pour nourrir sa cavalerie, le prince de Wurtemberg se décida à détacher le général Werner avec 2.000 dragons et hussards, 300 fantassins et 3 canons dans la direction de Greifenberg, sur la Rega, où il se rencontrerait avec un parti de cavalerie envoyé par Belling et agirait sur les derrières de Romanzow. Werner arriva à Treptow dans la nuit du 11 au 12 septembre, et se croyant sans danger d’une attaque des Russes, cantonna ses troupes dans la ville et dans les villages des en’irons. Ce manque de précautions lui coûta cher.

Romanzow, prévenu du départ de Werner, expédia à

sa poursuite le général Bibikoff avec ce qu'il put réunir

de cavalerie, # bataillons et 6 pièces. Couverts par un brouillard épais, les Russes parvinrent à Treptow dans l'après-midi du 12, sans avoir été signalés. Werner surpris commença sa retraite; pendant qu’il cherchait à rallier son monde, il tomba aux mains de l’ennemi avec son infanterie. Les escadrons prussiens firent de leur mieux, mais furent obligés de se retirer jusqu’à Nougard où ils trouvèrent les 400 hussards de Belling. Bibikoff laissa une garnison à Treptow et regagna avec le reste de ses forces le camp de Romanzow.

Entre-temps, ce général avait poussé avec énergie ses opérations contre le camp retranché; le 13 septembre, le colonel prussien Corbière fut forcé d'évacuer la forêt du Stadtwald où les Russes édifièrent une chaussée sur laquelle ils installèrent une batterie. Le 16, il y eut une canonnade générale au cours de laquelle les vaisseaux de guerre et les batteries de terre croisèrent leur feu contre les ouvrages prussiens. L'assaut fut commandé pour la nuit du 18, contre la « Verbackschange » et la Redoute verte. Seul, le premier ouvrage fut enlevé avec sa garnison de 200 hommes; une seconde tentative dans la nuit du lendemain fut plus heureuse, mais la Redoute verte ne resta pas longteraps entre les mains des assiégeants; elle fut reprise par les Prussiens. Les Russes revinrent à la charge et il s'engagea pour la possession de l’ouvrage un combat sanglant qui dura toute la nuit et qui aurait coûté aux Russes 2.850 hommes (1) et aux Prussiens 539, Romanzow dut renoncer à l’idée d’emporter de vive force le camp retranché.

La résistance des soldats du prince de Wurtemberg était d'autant plus méritoire qu'à en croire des témoins dignes de foi, leur qualité laissait fort à désirer. En parlant de l'affaire de Treptow à Paulmy, l'ambassadeur francais à Varsovie, Caulaincourt, s'exprime ainsi (2) : « Il est constant que la désertion continue à peu près autant qu'il est possible et que les prisonniers que l'on a ramenés aujourd'hui ne ressemblent guère aux Prussiens du commencement de cette guerre. Je n’ai été que trop malheureusement (3) à portée de savoir positivement que hors

(1) Chiffres donnés par Schäffer, Geschichle der Siebenjährigen Kriegs, vol. IL.

(2) Caulaincourt à Paulmy, Zermin, 13 septembre 1761, Archives de la Guerre.

(3) Caulaincourt, alors attaché à l'armée suédoise, était resté prisonnier des Prussiens pendant quelque temps.

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