ASSAUT REPOUSSÉ
les bataillons de grenadiers qu'a M. le prince de Wurtemberg, le reste est au moins composé d'une bonne moitié de gens forcés, la plupart sous mes yeux, de toutes sortes de nations. »
La place de Colberg résistait toujours. Caulaincourt qui était venu au quartier général de Romanzow pour concerter une action commune entre Russes et Suédois, n'avait guère de succès ; l'amiral Polänsky déclarait (1) ne pouvoir rester plus de 15 jours devant Colberg. Le 26, on apprit au quartier général russe 2) que Platen était à Landsberg, Dolgorouki et Berg à Driesen, aussi qu’un détachement suédois était à Kammin et avancerait sur Treptow si les Russes voulaient envoyer à leur rencontre. Cette dernière proposition échoua par suite du manque d'entente entre les alliés, mais du côté de la grande armée russe l’envoi de secours fut plus efficace.
Depuis la défaite de Werner, les communications avec Stettin étaient interceptées, la disette se faisait de plus en plus sentir au camp, aussi Wurtemberg attendait-il avec impatience l’arrivée de Platen. Celui-ci avait quitté Landsberg le 25 septembre, il rallia le 27 à Freuerwalde la cavalerie que Masson avait ramenée de Treptow et auprès quelques hésitations inspirées par les mouvements russes, s’'empara le 30 septembre de Kôrlin sur la Persante où il enleva un poste russe. Presque cerné par Dolgorouki et par d’autres détachements en route pour renforcer le corps de Romanzow, Platen ne se crut pas en forcc pour attaquer ce dernier comme il en avait eu le projet, il dirigea donc sa marche sur le camp de Wurtemberg, et après un heureux combat au défilé de Spie, effectua sa jonction avec le prince le 2 octobre. Ce renfort porta les forces prussiennes à
(1) Morett à Choiseul, Zermin, 20 septembre 1761. Archives de la Guerre. (2) Morett à Choiseul, Zermin, 27 septembre 1761. Archives de la Guerre.
environ 18.000, chiffre encore inférieur à celui des Russes qui grâce à l'arrivée de L.Igorouki en comptaient 20.000, mais cet écart fut bientôt compensé par le départ des deux escadres, au commencement d'octobre. Dans les deux camps, les privations croissaient chaque jour, les cosaques venaient mendier du pain aux avant-postes prussiens.
De part et d'autre, l’inaction était complète ; l’attaché militaire Morett(1) rend compte des intempéries : vent, neige et pluie ; de la disette de grains et fourrages; du départ de la flotte russe le 8; Dolgorouki est mort de blessures, pas un coup de canon n'a été tiré depuis 3 jours. Platen, pour mettre fin à la démoralisation qui s’emparait des troupes, proposa à son chef de “enforcer la garnison de Colberg, puis d’évacuer le camp à l'effet de se concerter avec le duc de Bevern gouverneur de Stetün pour la levée du siège. Wurtemberg accepta d’abord, puis sur le conseil du général Thadden revint sur sa première decision. Platen partit donc seul, sa sortie eut pour premier résultat de rouvrir momentanément les communications avec Stettin et de permettre l’arrivée d’un convoi de 150 voitures.
Vers cette époque, Frédéric croyait (2) encore au départ prochain de Romanzow, à la retraite de Butturlin derrière la Vistule et à la possibilité du retour de Platen à l’armée de Silésie. IL ne se rendait pas compte de l'effet produit sur la cour de Russie et sur l'état-major russe par la prise de Schweidnitz. Cet événement réveilla l'énergie très assoupie de Butturlin. Le quartier général fut transféré à Driesen, puis à Dramburg en Poméranie ; Fermor avec sa division de 8.000 horames dut se porter de Arnswalde à Regenwalde pour appuyer les troupes légères de Berg.
(1) Morett à Choiseul, Zermin, 11 octobre 1761. Archives de la Guerre. {2) Frédéric à Platen, Strehlen, 17 et 20 octobre 1761. Corr. Polit., XXI.