‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 145 sur 230 · LU · texte numérisé non relu

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En somme, pendant l'été de 1761 les relations de la France et de l’Autriche ne furent troublées par aucune de ces discussions orageuses auxquelles nous avaient habitués les prédécesseurs de Chatelet. Pour remplir sa correspondance, celui-ci est réduit à nous raconter (1) :es exploits cynégétiques de la jeune princesse Louise de Parme : « M" l’archiduchesse se porte parfaitement bien de sa grossesse malgré l’exercice violent qu'on lui laisse prendre. Elle a tiré plus de 509 coups de fusil dans une seule battue de lièvres et cela par la plus grande chaleur de la journée; nos femmr" de France seraient bien étonnées si on leur proposait d'en ïaire autant dans la meïlleure santé. »

A défaut du duc de Choiseul qui, tout feu et tout flamme pour le nouvel allié, laissait passer au second plan les affaires d'Autriche, son cousin le comte de Choiseul, annonçant le 15 octobre sa prise de possession du département des Affaires Étrangères, commentait (2) à Chatelet en ces termes le changement d’attitude du gouvernement de l'Impératrice : « Il est assez singulier qu’après avoir combattu pendant si longtemps les dispositions guerrières de la cour de Vienne et après avoir tant négocié pour la ramener à des sentiments pacifiques, nous en soyons aujourd'hui au point de craindre qu'elle ne désire plus la paix que nous-mêmes; mais vous sentirez aisément, Monsieur, que notre négociation avec l'Angleterre étant rompue, il n’est pas de notre intérêt que nos alliés se dégoûtent de la guerre... Vous ne devez rien dire à M. de Kaunitz sur cet objet et vous devez vous renfermer dans les bornes d’une chservation vigilante. »

* Le iécouragement du chancelier tenait à deux raisons :

aux résultats plus que médiocres de la campagne, que le succès inespéré de Schweidnitz n'avait pas relevés au

(1) Chatelet à Choiseul, 5 septembre 1761. Affaires Etrangères. (2) Comte de Choiseul à Chatelet, 20 octobre 1761. Affaires Etrangères.

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point de compenser la déception causée par la retraite des Russes, et aux embarras financiers de l'Impératrice qui avaient leur répercussion sur les dépenses courantes de l’armée et surtout sur les préparatifs pour la continuation de la lutte. Sous le coup de ces préoccupations, Kaunitz se refusait à envisager les éventualités : « Il est trop tôt, déclarait-il (1) à Chatelet, pour arrêter le plan de campagne prochain ou pour parler de la paix en août. » Marie-Thérèse, quoiqu’en apparence plus énergique dans son langage, paraissait « plus lasse et plus dégoûtée de la guerre que son ministre ».

Au contraire de la cour de Vienne qui montrait peu d’entrain pour la poursuite d'une guerre dont elle avait été le véritable auteur, la France, sous la vigotreuse impulsion de Choiïseul, était revenue à des sentiments plus belliqueux que jamais. Le ministre de Louis XV très monté contre la puissance maritime, dans ses entretiens avec Starhemberg (2),se plaisait à exposer son projet «de faire déclarer toute l'Europe contre l'Angleterre et de regarder commeennemisde la cause communetous ceux qui ne voudront pas prendre parti contre elle ».

Malgré son abandon du département des Affaires Étrangères, Choiser! devenait chaque jour plus puissant et plus maître de diriger à sa guise la politique de son pays. Du crédit dont il jouissait auprès du Roi, il allait bientôt recevoir un témoignage éclatant sous la forme de sa nomination à la placede colonel général des Suisses, sinécure qui lui rapportait un supplément de traitement d'environ 100.000 livres. Quoiqu'il ne possédât pas le titre de premier ministre, il bénéficia. en fait du prestige et du pouvoir que deane cette fonction. Pours’assurer pleineliberté d'action, ils'étaitréservé lesrapportsavecl'Espagne etentendait tirer du nouvel allié tout le concours possible pour ses

(1) Chatelet à Choiseul, 25 octobre 1761. Affaires Etrangères. (2) Starhemberg à Kaunitz, 21 novembre 1761. Archives de Vienne.

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desseins contre l’Angleterre. Ses relations avec l’ambassadeur Grimaldi étaient établies sur le pied le plus intime en dépit du peu de sympathie qu'il eut pour le personnage ; il n’hésitait pas à lui confier toutes ses visées pour l'intérieur aussi bien que pour l'extérieur, alors qu'il se plaisait à renvoyer à son cousin les autres chefs de missions et à jouer vis-à-vis d’eux l'ignorance ou le désintéressement. Accoutumé aux discussions souvent orageuses, mais toujours importantes du passé avec le grand ministre, Starhemberg (1) se souciait d'autant moins d’être relégué au second plan qu’il goûtait assez peu le ton et les manières de son nouvel interlocuteur, lecomte de Choiseul. On pouvait faire entendre raison au duc; le premier mouvement de vivacité ou de colère passé, il écoutait les arguments de l'adversaire et souvent en reconnaissait la justesse. Chez le comte le sang-froid et la souplesse ne faisaint qu'accentuer l'entêtement et la morgue qui caractérisaient chez lui la discussion. Starhemberg était outré des démentis que le ministre opposait à ses propres affirmations, des refus de croire à des promesses appuyées sursa parole d'honneur, sous prétexte qu’il n’était pas en son pouvoir de les tenir, des accusations d'intransigeance qu'on lui jetait à la figure; il s’en plaignit amicalementau duc de Choiseul, dont l'intervention eut pour effet de rétablir des rapports plus convenables.

Il s'agissait pour l’envoyé de Marie-Thérèse de pénétrer le plan d'opérations de l'Espagne et de la France contre l'ennemi commun. Quoique la guerre ne fût pas encore déclarée entre les cours de Madrid et de Londres, Starhemberg savait qu’en même temps que le pacte de famille une convention militaire avait été signée entre la France et l'Espagne ; le premier instrument lui avait été communiqué, mais le texte du second était encore un secret mème

(1) Starhemberg à Kaunitz, 8 décembre 1761. Archives de Vienne.

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