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LE COMTE DE CHOISEUL

pour le comte de Choiseul; dans cet arrangement, était visé le Portugal, allié intime de l'Angleterre, contre lequel seraient portés les premiers coups. L’Autrichien interrogea Grimaldi, mais n’en tira que des défaites; à une question sur la uestination de 20.000 hommes rassemblés en Galice sur les frontières du Portugal, l'ambassadeur espagnol répondit qu'il s'agissait d’un corps dont la menace de débarquement en Irlande obligerait le gouvernement britannique à augmenter les garnisons de cette ile. Auprès des Choiseul qu’il vit successivement, Starhemberg eut plus de succès. Les 20.000 Espagnols devaient envahir le Portugal. «Maïs si cette puissance consent à prendre des mesures commerciales contre l'Angleterre? » observa l’ambassadeur. « On exigera alors la remise des forteresses du royaume aux Espagnols qui les garderont comme gage », répliqua le duc. « Du reste, Sa Majesté Catholique a des droits sur le Portugal. » Puis, s’échauffant, il lança cette boutade : « IL est temps de faire sauter cette maudite race de bâtards de Bragance, qui ne sont que des vassaux de l’Angleterre. » Le comte de Choiseul, quoique plus réservé, confirma les dires de son cousin; d’après lui l’envoi de 20.000 hommes que la Grande-Bretagne serait obligée d’expédier au secours de son allié, constituerait une diversion très utile et faciliterait d’autres entreprises.

Vers la fin de janvier 1762 arriva la nouvelle d’un événement dontles etfets bouleversèrent l'équilibre européen : la mort de l'Impératrice Élisabeth. Il y eut à ce sujet entre Starhemberg et les deux Choiseul une conférence (1) dans laquelle il fut convenu que les représentants des deux puissances agiraient d'accord dans l'intérêt de l'alliance et s'abstiendraient de toute immixtion dans les événements intérieurs de la Russie. Le duc, comme bien on pense, se prononça pour la poursuite des hostilités : « Je

(1) Starhemberg à Kaunitz, 29 janvier 1762. Archives de Vienne.

compte que vous continuerez la guerre, quand même

la Russie ferait sa paix. Vous n'avez plus besoin d'elle et vous pouvez venir à bout du roi de Prusse sans se-

cours. » Starhemberg se cortenta d’une réserve : « Il

me parait que cela serait bien difficile. » Quelques jours

après (1) la conversation reprit : Starhemberg objecta que

refuser des ouvertures de paix, « ce serait faire la guerre

sans objet et courirles plus grands risques sans qu'il püt

nous en revenir aucun avantage ». Choiseul de répliquer

non sans à-propos : « Eh bien! vous auriez pour objet de 14 remplir vos engagements et ce serait l'avantage que vous retireriez de la guerre. Si cependant vous y manquez, nous prendrons nos mesures en conséquence et nous ne ferons

pas notre paix pour cela. » L'ambassadeur, après avoir rap-

pelé la loyauté de sa cour pour le passé, fit remarquer qu'il

serait sage d'attendre les décisions du nouvel empereur

avant de discuter le parti le plus favorable à l'intérêt commun, L'avis était trop raisonnable pour qu'il ne pré-

valût pas.

Quelques mots échappés à Choiseul faisaient croire à Starhemberg (2) que le ministre français n’était pas aussi éloigné des idées de paix qu'il aurait voulu le paraitre. Au cours d’un des entretiens presque quotidiens, celui-ci s'était écrié : « Vous verrez que cela nous fera faire notre paix avec l'Angleterre. » D'autre part, il semblait moins réfractaire à l’idée d’un congrès général, et l’accepterait même pour le cas où l’empereur de Russie en prendrait l'initiative sous la réserve « qu'il ne prétende pas nous dicter la loi et régler les conditions à lui tout seul avec nos ennemis ».

2es indices recueillis au passage se transformèrent peu f à peu en informations plus sérieuses. Le bruit s'étant répandu que des ouvertures pacifiques avaient été faites par

(1) Starhemberg à Kaunitz, 8 février 1762. Archives de Vienne. (2) Starhemberg à Kaunitz, 9 février 1762. Archives de Vienne.

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