RÉTICENCES A VERSAILLES ET A VIENNE
le ministre anglais et qu’elles avaient été favorablement accueillies par le cabinet français, l’envoyé questionna à cet égard le ministre des Affaires Étrangères; ce dernier (1) répondit par un démenti formel : aucun rapprochement n'avait été tenté, s’il y en avait eu, on n’en aurai‘ pas fait un secret. Certes, à croire certains rapports d'outre-Manche, la cour de Londres désirait la paix et avait donné une preuve de ses intentions aimables en rendant sa liberté au comte d'Estaing qui, capturé au cours de son voyage de retour des Indes, avait été mis en prison comme ayant manqué à sa parole. A cette occasion, les ministres des deux pays avaient fait échanger, par le canal du comte Viry et du baïlli de Solar, ministres du roi de Sardaigne à Londres et à Versailles, des compliments et des remerciements. Le récit de ces incidents qu’il arracha à Solar, un long entretien de ce diplomate avec Choiseul, dont il eut connaissance, confirmèrent les soupçons de Starhemberg. Ne se trouvait-on pas en présence d'un revirement de la politique française et ne verrait-on pas la cour de Versailles mettre à prêcher la paix avec l’Angleterre et la Prusse autant d’ardeur qu’elle en avait déployé en ces derniers temps pour la centinuation de la guerre contre ces puissances”? Pourtantune confidence récente était de nature à dissiper ses doutes en la loyauté du cabinet français. Le comte de Choiseul venait de lui communiquer une dépêche d’Affry, envoyé de Louis XV en Hollande, relative à des ouvertures de la Prusse qui lui auraient été faites par l'entremise des frères Neufville, banquiers à Amsterdam.
De son côté le cabinet de Vienne n'était pas sans reproches à s'adresser à l'égard de son allié. Avant ae chercher à nouer avec le gouvernement français des pourparlers discrets qui pourraient ouvrir la voie à une
(1) Starhemberg à Kaunitz, 6 mars 1762. Archives de Vienne.
négociation pacifique, le ministère anglais avait fait auprès de la cour de Vienne une tentative de rapprochement dont nous aurons à reparler, mais dont il convient dès à présent de dire quelques mots. Au courant de janvier 1762, la chancellerie autrichienne recut de son envoyé à La Haye le baron Reischach une communication qui dut fort la surprendre. Le cabinet de Saint-iames, très préoccupé des conséquences de la guerre que venait de lui déclarer l'Espagne, conçut l'idée de fcrmer contre les princes de la maison de Bourbou une coalition dans laquelle on espérait faire entrer l'Autriche mécontente du pacte de famille et jalouse de l'influence espagnole en Italie. Pour accomplir cet objet, il était indispensable &e rétablir la paix en Allemagne à des conditions favorables pour l’Impératrice Reine. Cette princesse satisfaite, grâce à l'acquisition d'une portion de la Silésie, renoncerait facilement à l'alliance française de laquelle elle n'aurait plus de bénéfice à attendre. Une note inspirée par ces arguments fut remise au nom de Newcastle et de Bute par l'envoyé Yorke au prince Louis de Brunswick et par lui communiquée à Reischach qui en référa à Vienne. La réponse autrichienne retardée jusqu'au 5 mars fut rédigée d’ailleurs de facon à détruire tout espoir de faire aboutir un projet qui ne constituait autre chose que le retour à l'ancienne orientation de 1755.
Dans le long rescript (1) que Marie-Thérèse adressa le 22 mars à Starhemberg à propos des propositions pacifiques de la Russie, il est fait allusion à l'incident et copie de la réponse expédiée à La Haye fut envoyée à l’ambassadeur, avec ordre de n’en faire usage auprès du ministère français que dans le cas où celui-ci aurait eu vent de l'ouverture et aurait reproché au cabinet de Vienne le silence gardé vis-à-vis de son allié. Comme excuses, il
(1) Rescript de Marie-Thérèse à Slarhemberg, 22 mars 172. Archives de Vienne.