‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 148 sur 230 · PROJETS CONTRE LE PORTUGAL · texte numérisé non relu

PROJETS CONTRE LE PORTUGAL

serait facile d'invoquer la condition du secret absolu imposé par le prince Louis et la netteté du refus opposé par l'Autriche.

La fin de mars et la première moitié d'avril s’écoulèrent sans qu’une lumière additionnelle éclairât les mystérieux pourparlers qui avaient inquiété l'ambassadeur. On semblait revenu à l'idée de poursuivre la guerre avec vigueur; la convention militaire de la France avec l'Espagne avait été enfin communiquée à l’utriche et avait été l’objet des critiques et observations habituelles.

D'autre part, les opérations militaires suivaient leur cours; on avaît appris la prise de la Martinique par les Anglais; l'entreprise contre le Portugal prenait forme; la sommation d’avoir à se joindre aux alliés contre l'Angleterre avait été expédiée à Lisbonne; le marquis de Beauvau concentrait à Bayonne 12 bataillons destinés à appuyer le corps d »:mée espagnc!; de leur côté les Anglais se préparaient à envoyer au secours du Portugal une partie des troupes qui formaient la garnison de Belleisle.

De la négociation avec l'Angleterre il n'était plus question, le duc de Choiseul avait gardé (1) à cet égard le silence le plus absolu; dans une conversation qui eut lieu le 11 mai, le comte de Choiseul avait affirmé qu'il n’ignorait pas les tendances conciliantes du cabinet britannique, mais que de la part de celui-ci aucune proposition soit directe, soit indirecte, ne lui était parvenue jusqu'alors. Le lendemain, le comte qui avait demandé à Starhemberg et obtenu de lui un rendez-vous chez lui, révéla à l'ambassadeur une correspondance secrète qui en réalité se poursuivait avec l'Angleterre depuis les premiers jours de l’année, quoique le ministre français ne la fait remonter qu’au commencement d'avril.

(1) Starhemberg à Kaunitz, 13 mai 1762. Archives de Vienne.

Pour la grande alliée, le changement de la politique française allait paraître aussi brusque qu'inattendu, car au moment même où le comte de Choiseul mettait Starhemberg au courant des pourparlers entamés avec l'Angleterre, le représentant de Louis XV à Vienne luttait presque quotidiennement coute le découragement de l'impératrice reine et de son ministre et contre le désir dela paix qui grandissait à vue d'œil à la cour d'Autriche. Il (Chatelet) dépeint (1) l'abattement de Kaunitz, ses craintes d’une alliance de la Russie avec la Prusse, rend compte du refus de l'Autriche de venir en aide au Jyanemark qu'il s'agissait de défendre contre l'agression de Pierre ill et conclut comme suit : « Nous aurons donc sous peu de fortes lances à rompre avec la cour de Vienne et elle ne iardera pas à nous déclarer d’une manière très pressante la nécessité indispensable où elle se prétendra et peut-être même croira être, de songer à uue paix très prompte. » Marie-Thérèse semblait plus affectée que son ministre : « Cette campagne, avait-elle déclaré au Français (2), ne m'offre que des risques à courir et nulle possibilité d’en retirer aucun fruit et je vous avoue que je suis peu inquièe et peu occupée de ce qui arrivera en 1763... Je sais bien que je dois renoncer à la Silésie et on ne me l'a jamais bien promise, mais si le Czar la garantit au roi de Prusse, je ne conserverai pas même ce que mes armes m'ont conquis. Quant au comté de Glatz, c’est un ‘objet peu important en lui-mème et que le roi de Prusse ne fera peut-être pas difficulté de m'abandonner, mais en tous cas cela ne vaut pas la peine de faire trois mois de campagne pour le conserver à la paix. » Dans une dépêche qui se croisa avec j’analyse de la négociation angiaise qu'on lui envoyait de Paris, Chatelet résumait (3)

(1) Chatelet au comte de Choiseul, 14 mai 1762. Affaires Etrangères. (2) Chatelet au comte de Choiseul, 15 mai 1762. Affaires Etrangère: (3) Chatelet au comte de Choiseul, 17 mai 1762. Affaires Etrangères.

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| NOUVECLES INSTRUCTIONS DE BRETEUIL. 289 que la situation : « La cour de Vienne désire vivement la car L paix ct n'ose encore le dire, ie me flatte de suivre entait 1 tièrement vos vues en lui rendant cet accouchement ie vec " lus difiicile qu'il me sera possible. » tait | Les pourparlers mystérieux dont il vient d’être question, de À aboutirent, on le sait, au traité qui mit fin à la gucrre sir entre la France et l’Angieterre; aussi sont-ils d'importi- tance trop grande pour que nous ne leur consacrions pas ses un chapitre spécial.

end En attendant, il nous faut faire une excursion en Russie ine- l et raconter les événements extraordinaires qui suivirent de | la mort de la tzarine Élisabeth et qui signalèrent le ous ; court règne de son successeur Pierre III, événements qui elle eu .: une répercussion décisive sur la politique et le r'es- groupement des puissances européennes.

\ et : À la cour de Pétersbourg, on avait suivi d’un œil bientrès ; veillant les négociations entamées eu 1761 entre la France son 4 et l'Angleterre; l’état de santé de la Tzarine, l'incertitude an- sur la politique extérieure du souverain qui lui succéderait, os- le caractère timide et irrésolu du chancelier Woronzow, le e je À lassitude de la guerre Le manque d'argent pour la pourera suivre, toutes ces causes faisaient désirer la fin d'hostilités ésie qui avaient été inspirées plus par le sentiment personnel la d'Élisabeth que par celui de la nacon. Aussi, quand » ce ; Choiseul (1) escomptant l'échec de pourparlers qu'il ne atz, désiran ji faire aboutir, invita le ministre français Brei de | teuil à changer le langage pacifique qu'il tenait depuis un er, an, en plaidoiries sur le thème d'une vigoureuse camp2ois gne pour l'année prochaine, se heurta-t-il à une résistance ans | qui, pour êtresourde, n'en était pas moins sérieuse, Le Franion çais sans se dissimuler les contradictions dans lesquelles (3) il va tomber, exécutera de son mieux ses nouvelles instructions. De concert avec le comte de Mercy-Argenteau (1) Choiseul à Breteui', 5 août 1761. Affaires Étra: sères. x GUERRE DE SEPT ANS, — T V, 19

qui venait de remplacer Esterhasy comme ambassadeur de l'Autriche, il entreprit Woronzow : « La réunion de nos vues actuelles, mande-t:il à son chef (1), pourra être de quelque poids; j'y ferai autant ce qui dépendra de moi, Monseigneur, que j'ai tâché de ne rien négliger pour inspirer depuis un an le goût de la paix. Ce goût avait fort augmenté et presque généralement depuis le mauvais état de la santé de l’Impératrice; peut-être que son rétablissement qui est parfait le diminuera. »

Ainsi qu'on l'a vu, tout autant que son alliée du Nord, la cour de Vienne, aux prises avec des embarras financiers, laissait fléchir son ardeur guerrière et reparlait du congrès. Le comte de Choiseul transmettait à Breteuil les aveux que Starhemberg lui faisait à ce sujet : « 11 m'a confié de plus, écrit le comte (2), et m'a même répété qu’il lui manquait 28 millions de florins pour subvenir aux dépenses de la campagne prochaine ; il désire l’assemblée du congrès et il nous a fort pressés à ce sujet par M. de Czernichew (3) dont il dirige entièrement les démarches. »

Cependant les difficultés budgétaires de l'Autriche n’empêchaient pas cette puissance de prêcher à ?étersbourg, non sans succès, la poursuite de la guerre. «Il a été enjoint, rapporte Mercy à l'Empereur (4), de la façon la plus précise à M. le maréchal comte de Butterlin ae se maintenir en Poméranie à quelque prix que ce suit, » En effet les nouvelles du siège de Colberg et des succès remportés par Romanzow indiquaient un réel désir de mener à bonne fin l’entreprise : « Malgré cela, continue Mercy,

espèce de désordre qui règne maintenant à cette cour

n rend les résolutions si inceitaines et si variables, qu'on

(1) Breteuil à Choiseul, 7 septembre 1761. Affaires Étrangères.

(2) Comte de Choiseul à Breteuil, 13 novembre 1761. Aflaires Étrangères. (3) Ainbassadeur russe à la cour de France.

(4) Mercy à l'Empereur, 11 novembre 1761. Archives de Vienne.

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