LA TZARINE ÉLISABETH
ne sait jamais positivement sur quoi on peut compter, et quand on est parvenu à persuader M. le chancelier Woronzow, même avec nne partie des ministres de la Conférence, on n’est point encore dans le cas doser espérer qu'il en résulte les effets qu'on se propose d'obtenir. » Pour éclairer l'Empereur sur les difficultés qu'il rencontre, l'ambassadeur trace un crayon intéressant du caracière et de l’action des principaux personnages de la cor. de Pétersbourg. La Tzarine, quelque fidèle qu'elle soit à l'alliance et quelque vive que soit sa haine contre le roi de Prusse, ne sait pas se faire obéir ; elle se désintéresse beancoup trop de la chose publique ; elle est tellement affectée « par le ravage que causent les années sur sa physionomie qu’elle ne se montre presque plus en public; depuis le 30 d'août, qu'elle à tenu appartement, on n’a eu occasion de la voir que deux fois au théatre de la cour et de cette façon il se passe des mois, sans que les ministres étrangers se trouvent à même de l'approcher ». À ce premier souci s’en ajoutait un second plus grave, celui de sa mort ou de tout incident qui aurait pu suggérer la pensée d’une fin prochaine : « Les précautions à cet égard sont poussées au point de ne pas permettre que des gens vêtus de noir passent sous les fenêtres du palais, et quand quelque personne de marque vient à mourir, ces sortes de nouveltes restent cachées pendant fort longtemps à la souveraine. A ces deux sujets de tourments, il s’en joint un troisième, oct asionné par l'extrême mécontentement que cause à l'impératrice la conduite du grand duc et celle de la grande-duchesse, » Enfin, cette souveraine se trouve dans une situation d’autant plus fâcheuse que « parmi le nombre de ceux qui l’entourent, il n’en est pas un qui ait assez de probité, de courage et de zèle pour chercher de procurer du soulagement à ses peines, et à la fortifier contre ses faibiesses ».
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De la Tzarine, Mercy passe aux personnages influents et aux rouages du gouvernement : « La conférence est un assemblage de gens auxquels il suffit de parler une demiheure pour se convaincre de leur ineptie »; les discussions se passent en bavardages et sans l'initiative du secrétaire Wolkow, « il n’émanerait presque jamais une résolution ». Le chambellan Schuvalow est un brouillon qui entreprend beaucoup de questions sans en trancher une seule. Du chancelier Woronzow notre correspondant a meilleure opinion. Quoique ses qualités soient assez médiocres, « on peut cependant compter sur l'honnêteté de ses intentions, et sur son attachement au bien de la cause commune, malheureusement la grande faiblesse de ce miuistre, son découragement et l’état misérable de sa santé le réduisent dans un état de pusillanimité, qui l'empèche d'opérer le bien dont il serait capable par ses sentiments personnels ».
Mercy remit à sa prochaine dépêche ce qu’il aurait à dire sur le grand duc et ia grande duchesse, les événements ne lui en laissèrent pas le temps.
Breteuil depuis plus longtemps en Russie que son collègue le remplacera comme portraitiste : « La grande duchesse se désole; elle ne voit son état futur qu'avec frayeur et craint tout de la puissance où son mari va monter; je ne crois pas qu'elle ait tort... Le grand duc la hait, ne croit et ne peut pas croire à sa paternité; il adore sa maîtresse, M': de Woronzow qui est bête mais altière et il pourrait arriver qu’il se défit de l’une pour s'approprier l’autre. Tout cela est un chaos dans lequel on se perd, et qui peut cependant n'avoir aucune suile, si l'impératrice s'en tire heureusement. L'on croit qu'il pourrait arriver qu'il se formât trois partis dans l’empire, celui du grand duc réunirait d'abordle petit nombre de gens qui lui sont attachés et le grand nombre de pusillanimes qui peut-être le haïssent, mais craignent de se