LE PARTI DU GRAND DUC
hasarder; celui de la grande duchesse et de son fils qui trouverait bien des partisans et peut-être réunirait le plus de gens d'esprit et de tête qui sont dans ce pays; enfin celui du malheureux petit prince Yvan (1) que le clergé et les vieux Russes chérissent. Je vous rends, Monseigneur, des conjectures et je n'ai garde de vous les donner autrement. Cependant si l’impératrice languit, les trois partis pourraient se distinguer, mais si elle meurt brusquement et bientôt, celui du grand duc avec un peu de conduite sera ie seul prépordérant. Des deux personnages le plus en vue, l’un le ‘rand chancelier est malade ou feint d'être malade pour éviter de se compromettre, l’autre le cnambellan pleure comme un enfant et intrigue auprès du grand duc comme un sot et un fripon. »
Au cours du mois de décembre 1761, il y eut dans l’état de santé de l’impératrice des hauts et des bas qui émotionnèrent toute la cour. Le chambellan Schouvalow ne dissimule pas son inquiétude; il questionne Breteuil « sur la manière de placer des fonds dans le royaume » et lui confie son envie « d’y faire passer 300 ou 400.000 livres ».Vers la fin du mais, les représentants des puissances alliées se demandent si la fin n’est pas prochaine ; la nuit du 23 au 2% a été mauvaise, la souveraine a eu plusieurs évanouissements, on lui applique des sangsues et elle a perdu beaucoup de sang. D’après les bruits qui courent dans le palais, elle boirait « au point de s'enivrer, des liqueurs dont elle aurait fait mettre une caisse dans sa chambre ».
La fin de l’année marqua une amélioration sensible, mais, il y eut rechute; après #2 heures d'agonie, l'impératrice expira le 4 janvier 1762, entre 3 et # heures de l'après-midi. La veille de sa mort, elle aurait (2) appelé
(1) Descendant direct de Pierre le Grand.
(2) Mercy à Kaunitz, 12 janvier 1762. Archives de Vienne.
le grand duc et sa femme pour leur recommander le maréchal Rasamowski qui passait pour son époux, le chambellan Iwan Schouvalo et la plupart de ses serviteurs et favoris personnels; le grand duc très ému aurait promis de respecter ses volontés. À ce propos Mercy se plaint que le chancelier n'ait pas profité de ses derniers entretiens (1) avec la souveraine pour obtenir qu’elle exigeât de son héritier l’engagement de rester fidèle à la politique de l'alliance.
À en croire une note rédigée par Breteuil (2), quelques mois il est vrai après les événements, les choses ne se seraient pas passées aussi naturellement. Il y eut autour du lit de mort de la pauvre Élisabeth et sur le mode de proclamation de son successeur des incidents et des intrigues auxquels prirent part le grand duc et sa femme, les deux Schouvalow, Roman Woronzow, le père de la maîtresse de Pierre, Panin le gouverneur du petit prince, le maréchal Troubetzkoi et d'autres personnages de moindre envergure.
D'après ce récit, Pierre Schouvalow, cousin du chambellan, malade et condamné par les médecins, aurait prié le grand duc de venir le voir. « 11 lui exposa avec le désintéressement d’un homme à l’agonie la fermentation des esprits et la crainte que l’on avait de lui voir réaliser ce qu'il avaiteu souvent l’imprudence d'annoncer, la répudiation de sa femme, la déclaration de la bâtardise de son fils etenfin son mariage avec M: Woronzow. Il ne lui cacha pas que la moindre démarche qui tendrait à l’exécution de ce projet l’empêcherait de monter au trône ou l’en renverserait incessamment. Cette déclaration en imposa au grand duc. Il n’hésita pas à répondre au comte
(i) Breteuii rapporte que le chancelier mataûe n'avait pas vü l'impératrice pendant les quatre dernières années (le sa vie. (2) Note sur ce qui s'est passé au moment de la mort de l'Impératrice Eli-
sabeth. Affaires Étrangères.