IL VEUT REMETTRE SES POUVOIRS A LANDEVISIAU
je vous ai écrite qui vous mar quait précisément que ra santé ne me permettait point de me mêler d’aucuns détails militaires. Ce n’était qu'une raison de mécontentement bien ou mal fondée qui m’a empêché d'assister aux délibérations du Conseil. Le Conseil ne s’en est pas moins assemblé et n’en a pas moins délibéré, sans que je présidasse ou que je signasse. Aujourd'hui, c’est une raison de maladie, et il n’est point au pouvoir du Roi même d’exiger de moi des fonctions que ma santé ne me permet point de remplir. Ce n’est point de vous seul, Monsieur, tout officier consommé que vous êtes, que je prétends faire dépendre les sonséquences du parti que la colonie a à prendre dans ce moment critique, c'est de l’assemblée mixte du Conseil et du militaire et plus vous tardez à remplir cet objet, plus vous rendez impraticables les moyens d'empêcher l'ennemi de profiter de la quantité de munitions de guerre dont cette ville regorge, et je vous prédis que faute d'y travailler dès à présent, quand le fatal moment approchera, il n’y aura plus personue au logis, on voudra tout faire et l’on ne fera rien. » La responsabilité du désordre incombera à Landevisiau, car il sera facile d'établir que depuis le 5 décembre lui Lally a gardé le lit.
« Ceci n’est point une capitulation de garnison simple, c'est une capitulation de colonie entière, ainsi elle regarde le civil aussi bien que le militaire, et je n’ai prétendu exiger de vous que ce que je serais obligé de faire si ma santé me mettait en état d'y vaquer.
« En un mot, c’est la dernière sommation que je vous en fais, de la part du Roi, je ne connais point les enfantillages, et encore moins les motifs de votre perte que vous m'annoncez en y obéissant. Au reste, vous pouvez à présent faire tout ce que vous jugerez à propos; si vous m'eussiez laissé tranquille pendant les 15 premiers jours de ma maladie, je serais peut-être en état aujourd’hui de
vous décharger de ce poids immense dont vous vous sentez accablé. »
Dès le lendemain, Landevisiau, en homme pratique, répondit (1) qu'avant de consulter le Conseil sur la reddition de la place, il serait bon de savoir « jusqu'à quel jour nous pouvons subsister, car c’est de ce jour prévu qu'on voudra partir pour songer à se rendre ». Il ne possède aucun renseignement à cet égard : « Ne trouvezvous pas à propos, Monsieur, qu’au préalable je prie M. Dubois de travailler avec moi sur cet article; je lui communiquerai vos ordres, nous travaillerons ensemble à réformer les abus dans le distributions, car il y en a. On n’a pas osé jusques ici vous en informer, mais dans ce moment-ci il n’y a plus à dissimuler, permettez-moi de vous en instruire sans ménagement pour personne. Si une réforme pouvait nous valoir seulement un délai de huit jours, vous seriez bien content.
« Je verrai, si vous le jugez à propos, le père Lavaur, la confiance qu’on a en lui, son zèle, ses ressources nous pourront faire gagner encore du temps. Nous verrons ensemble plusieurs citoyens que nous engagerons à donner ce qui leur reste... En prenant ces mesures, n'étant point gêné dans la confiance et mettant À part toute suspicion, je crois qu’on peut encore allonger la courroie, et du moins se fixer à peu près l’époque d’une reddition forcée.
« Le second point serait de savoir le point de la négociation avec les Mahrattes, et ce qu’on peut espérer de M. Allain (2); je ne suis point en état de rien dire là-
dessus, vous m'avez défendu même la curiosité. » Lande-
visiau demande enfin à ce que Guadeville, l’un des intimes du général, au lieu de la réserve dont il a usé avec
(1) Landevisiau à Lally, 28 décembre 1760. Archives de la Guerre. (2) Major du régiment de Lally, chargé d’une mission de ravitaillement.