UN OURAGAN CHASSE L'ESCADRE ANGLAISE
lui jusqu'ici veuille bien lui faire part à l'avenir de ce qui parviendra à sa connaissance,
Cette requête si raisonnable est une nouvelle preuve de la mentalité soupçonneuse de Lally; susceptible et défiant à l'excès, il n’accordait sa confiance qu'aux indignes ou aux incapables, aspirait à tout faire par lui-même et quand, écrasé par le poids de la tâche, affaibli par la maladie, il voulait se décharger d'une besogne devenue trop lourde, il ne trouvait autour de lui que des ennemis personnels, des mécontents ou des hommes qui systématiquement écartés ne pouvaient rendre service sans un apprentissage pour lequel le temps faisait défaut.
Dans le cas actuel, les conseils de Landevisiau furent suivis; un appel au père Lavaur, aux congrégations et à quelques particuliers assura pour une période de 3 semaines l’approvisionnement de la ville. D'autre part, un événement imprévu vint relever les courages abattus : « La nuit du 1°" eu 2 janvier 1761 (1), à une saison où, sur la foi des marins et l'expérience, on ne craint plus d’ouragans sur la côte Coromandel, il s’en éleva un si furieux et si terrible que nous nous vimes tout à coup délivrés, sans escadre et sans Mahrattes. À la pointe du jour on n’aperçut de tous côtés que des débris de vaisseaux, et de 13 vaisseaux qu'on voyait la veille dans notre rade on n'en aperçut qu'un au large qui paraissait encore en état quoique démâté d'un de ses mâts, 3 étaient échoués sur le sable, presque à portée de canon de la ville (2), 3 enfoncés dans la mer ne laissaient voir que le haut de leurs mâts, 6 ras comme ponton paraissaient sur le point d'être submergés. » Sur terre, l'orage avait sévi avec la même fureur : « La violence du vent avait renversé toutes ses tentes (de l'ennemi), la pluie continuelle qui dura toute la nuit et à laquelle le soldat sans abri se trouva exposé,
(1) Manuscrit déjà cité. Archives de la Guerre. (2) Malleson dit à deux milles de la ville.
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avait engourdi le soldat européen au point de ne pouvoir se remuer, grand nombre de cipayes y périrent, les torrents que formaient la pluie avaient bouleversé leur camp, les canons pour la plupart étaient enterrés, les fusils jetés çà et Ià, ensablés au point qu’on les cherchait encore à 10 heures du matin, les batteries avaient été bouleversées, et la mer rompant ses digues avait presque enlevé celles que l'ennemi avait placées au bord de la mer, au nord et au sud de la ville; en un mot les choses étaient au point que les Anglais eux-mêmes ont avoué que si l’on eût fait sortir seulement #00 hommes, c'en était fait d'eux, et qu’ils auraient été entièrement détruits; tout jusqu’à 10 heures fut en confusion dans leur camp. » D'après l’auteur du manuscrit, officiers, soldats, bourgeois attendaient dès la pointe du jour le signal l'une sortie dont le suc 's ne semblait pas douteux. Enfin, las d'attendre les ordres qui ne venaient pas, « on se résolut à aller parler au général; le père Lavaur, qui avait déjà à plusieurs reprises donné des preuves de son patriotisme, se présenta au gouvernement. Quel fut son étonnement quand on lui annonça que Lally ne parlait à personne, qu'il n'avait pas dormi de la nuit et qu’il avait absolument défendu de laisser entrer qui que ce soit jusqu’à 11 heures ». Le parti pris du document que nous venons de citer éclate à chaque ligne; aussi serait-il imprudent d'accepter l'incident tel qu'il est raconté. Mais, de l’aveu des historiens angleis, il y aurait eu un coup à tenter : la garnison était aux abois; un insuccès n'aurait pas rapproché l'heure d’une reddition dont l'échéance était fixée par le manque de vivres; tandis qu'une victoire aurait pu prolonger de plusieurs mois l'existence de la colonie. Peut-être Lally jugea-t-il ses moyens trop faibles; il n'aurait pu disposer pour la sortie que de 800 Européens; peut-être s’illusionnait-il encore sur la possibilité de l’arrivée de l’escadre de l’île de France, peut-être céda-t-il