‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 153 sur 230 · LE GRAND DUC PROCLAMÉ TZAR · texte numérisé non relu

LE GRAND DUC PROCLAMÉ TZAR

daient le dernier quart d'heure se jetèrent en foule aux pieds du Grand Duc. Les troupes le plus affidées à ce prince, qu'on avait eu soin de faire tenir sous les armes autour du Palais, venaient “e prosterner devant leur nouveau despote. Enfin, en un instant, tout fléchit le genou, eten moins de temps, tout parut oublier la bonté de la défunte et la crainte qu'avait inspirée depuis de longues années le Grand Duc. Il n’y eut pas le moindre tumulte ; la servitude tenait lieu d'amour ».

Le Grand Duc fut en effet proclamé Tzar sous le nom de Pierre II sans aucune difficulté ; dès le soir de la mort d'Élisabeth, il avait reçu le serment des troupes. Le premier acte du nouveau souverain (1) fut d'enlever toutes ses dignités à Schakaskoy, procureur général du Sénat, et de le remplacer par Glebow, procureur de la même assemblée, « homme de peu de chose, de beaucoup d’espritet d’une plus grande friponnerie », qui lui avait été très utile pendant les derniers jours du règne précédent. A la réception diplomatique qui eut lieu le 6 janvier, il ne. se passa rien d’extraordinaire; « l'empereur a dit quelques mots polis au comte de Mercy et au ministre anglais, puis l'on s'est mis à table, environ 100 personnes, après avoir tiré généralement les places au sort. Le diner a été long et n’a été ni plus ni moins triste qu’à l’ordinaire. Après ce diner qui a fini à sept heures, l'Empereur est monté en carrosse, s'est promené par toute la ville, a fait une visite d’une heure à son Procureur général Glebow, et est allé de là en passer deux au moins chez M. de Woronzow qui était malade et qu'il avait déjà fait assurer de son amitié et de la conservation de sa place. Le jeudi l'Empereur a donné à diner à tous les officiers des gardes, au nombre de 200 ; le vendredi, un autre diner à tous les officiers holstenois. Beaucoup de vin et au-

(1) Breteuil à Choiseul, 11 janvier 1762. Affaires Étrangères.

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tant de mauvais propos ont assaisonné l’affabilité du prince. Une infinité de grâces assez bien placées ont signalé jusqu'à ce jour son règne. Ila fort bien et fort honnètement traité tous les vieux serviteurs. Il paraît même les consulter de façon à les flatter. Enfin, Monseigneur, je lui dois la justice que sa conduite vis-àvis de ses sujets mérite des éloges. Contre l'usage de cette Cour, dans tous les changements de règne, aucun des courtisans attachés à l'Impératrice n'a éprouvé de cruel traitement ni exil en Sibérie, je ne sais pas même qu'il y ait eu personne d'arrêté ». Bien loin de sévir contre les favoris de sa tante, il avait rappelé à la cour des personnes qu’elle avait éloignées ou punies. C’est ainsi qu'on vit bientôt reparaitre à Pétersbourg le vieux Biren, due de Courlande et le feld-maréchal Münnich.

A l’occasion de la distrbution des faveurs, M! Woronzow fut créée maitresse des filles d'honneur et reçut son appartement à la cour avec des distinctions sans fin. A cette nouvelle Breteuil ajoute en guise de commentaire : «IL faut avouer que c’est un goût bizarre; pas d'esprit, et quant à la figure, c’est tout ce qu'on peut voir de pis. Elle ressemble de tous points à une servante d’auberge de mauvais aloi. »

D'après Mercy (1) les personnages influents de l’entourage du trône seraient Glebow, Roman Woronzow, Milgonow et Alexandre Nariskin, dont les deux derniers s’intéresseraient beaucoup plus aux intrigues du palais qu'aux affaires extérieures. Quant à l'Empereur, malgré les apparences rassurantes du début, il craint que sa politique ne soit inspirée par son adimiration enthousiaste pour le voi de Prusse, sa haine contre la France et son penchant pour l'Angleterre dû en partie aux subsides qu’il a reçus du ministre de cette puissance, Keith. Ce pronostic allait se confirmer de jour en jour.

(1) Mercy à Kaunilz, 10 janvier 1762. Archives de Vienne.

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