‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 160 sur 230 · RÉCONCILIATION AVEC LA PRUSSE · texte numérisé non relu

RÉCONCILIATION AVEC LA PRUSSE

but à la santé du roi de Prusse dans un énorme gobelet qui fit le tour des quarante personnes des deux sexes conviées au festin. Plusieurs autres toasts furent portés au bruit des détonations de 50 cauons. Vers la fin du repas, le Tzar s'adressant à l'ambassadeur lui dit qu'il allait proposer le toast qui lui serait le plus agréable . une paix générale et heureuse. Inutile d'ajouter que toute la société souligna cette démonstration par ses applaudissements et que l'ambassadeur répondit par les banalités d'usage.

Deux circonstances vinrent ruiner l'influence anglaise auprès du souverain russe : la première fut l’arrivée de Wroughton (1) que la cour de Londres peu confiante dans les talents diplomatiques de Keith lui expédia comme auxiliaire, Ce personnage qui avait été consul britannique à Pétersbourg n'avait pas une bonne presse; Gudowitz l'avait dépeint à äiichell comme « un étourdi et reconnu pour tel par toute la cour ». Pierre ne voulut pas le recevoir, et comme l'intéressé insistait, fit notifier à Londres son refus. De son côté, Keith en mauvais termes avec Wroughton et mécontent d’une mission sptciale qui semblait indiquer, de la part de son gouvernement, l'intention de le remplacer, prit les devants et demanda son rappel. La seconde cause de froideur fut une conversation privée entre Bute et Galitzin; le rap. port qu'en fit ce dernier à son maitre présentait l'attitude du gouvernement anglais à l'égard de la Prusse sous un Jour qui provoqua l'indignation de Pierre et la lui fit qualifier de véritable trahison. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir sur cet incident qui a son importance.

Avant de continuer le récit des événements qui se passèrent à la cour de Russie, il sera intéressant d'examiner

(1) Keith à Bute, 12 et 19 mars 1762. Hardwicke papers.

l'impression que produisit sur les cours d'Europe et notamment sur le roi de Prusse l'étrange évolution qui avait suivi la mort d'Élisabeth. Privé d'une partie de ses ressources en hommes et en territoires, par la perte de Schweïdnitz et de Colberg, à moitié abandonné par l’Angleterre, Frédéric se sentait dans la situation la plus critique qu'il eût encore traversée; pour en sortir, il ne voyait guère comme remède qu'une alliance avec la Porte et avec le Khan de Tartarie et un accord avec le Danemark (1) auquel il garantirait le Schleswig en échange a> son concours pour reprendre Colberg. Le 19 janvier, il apprit par la voie de Varsovie la mort d'Éli- $ sabeth; son premier sentiment fut celui d'une extrème prudence-:: « Dans la situation où je me trouve, écrit-il à Finckenstein /2), je dois aller à pas bien mesuré, pour ne pas empirer mes affaires, au lieu de les rendre meilleures. Nous ignorons encore d’un côté la façon de penser du grand duc de Russie sur notre sujet (3), après qu'il vient de monter sur le trône, et si les artifices et les iusinuations flatteuses que nos ennemis là-bas lui feront ne gagneront pas sur son esprit à vouloir continuer la guerre contre nous. » Il pria Keith, dans le savoir-faire duquel il n’avait d'ailleurs que peu de confiance, « de se charger d'un compliment de sa part au nouvel Empereur, tout comme à la nouvelle Impératrice de Russie ». A son confident et ami le prince Ferdinand Frédéric n'exprima aucun espoir (4) de changement dans la politique extérieure de la Russie : « Voici une nouvelle scène qui s'ouvre en Europe; du train que les choses prennent, je

(1) Frédéric à Finckenstein, Breslau, 7 janvier 1762. Correspondance politique, XXI, p. 168.

(2) Frédéric à F,nckenstein, Breslau, 19 janvier 1762. Correspondance politique, XXI, p. 1a9.

(3) Le langage de Frédéric ferait croire que les propos de Pierre LIL sur ses rapports avec la Prusse étaient empreints d’une grande exagéralion.

(4) Frédéric à Ferdinand, Breslau, 23 janv. 1762.

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