JOIE DE FRÉDÉRIC
crois que nous n’aurons jamais la paix, il faudra se faire clouer le pot en tête et coller les bottes pour n'avoir pas la peine de les remettre. »
L'incertitude dura jusqu’au 31 janvier; à cette date, Frédéric reçut de Finckenstein (1) les avis les plus encourageants. Le 29 était arrivé à Magdeburg en route pour Zerbst le brigadier Gudowitz qui lui avait remis pour le Roi la lettre notifiant l'avènement au trône de Pierre III ainsi qu'un billet de Woronzow. L'officier russe aurait été heureux de faire sa cour à Frédéric s’il avait trouvé celui-ci sur son chemin, mais n'osait pas prendre l'initiative d’une demande d'audience; il se rendrait cependant aux ordres que le Roi pourrait lui faire tenir à cet égard. A ces informations sur la mission du Russe, Finckenstein avait ajouté un mot deKeith à Mitchell daté de Pétersbourg du 3 janvier : « Les affaires, écrivait le ministre anglais (2), prennent la tournure la plus favorable pour nous à cetle cour, l'Empereur ayant déjà expédié des ordres aux différents corps de ses armées de ne pas avancer plus loin dans les territoires de S. M. Prussienne et de cesser toutes fostilités; et M. Tschernischew a des ordres exprès de quitter les Autrichiens et de s’en retourner par la Pologne.. J'ai appris que les ordres sont aussi donnés aux différents généraux d’accepter un armistice, proposé de la part des Prussiens... J'ai lieu de croire que l'Empereur a des vues contre le Danemark et il est à craindre que si on ne trouve pas moyen de l’adoucir, il pourra venir à des extrémités. » L'on peut se figurer la joie que le contenu de ce courrier causa à Frédéric : « Voici le premier rayon de lumière qui paraît, écrit-il à Finckenstein (3), le ciel er soit béni! » Il fait transmettre à Gudowitz l'invitation
(1) Finckenstein à Frédéric, Magdeburg, 27 janv.
(2) l'orrespondance polilique, XXI, p. 221.
(3) Frédéric à Finckenstein, Breslau, 31 janvier 1762. Correspondance politique, XXI, p. 212.
sollicitée de venir le voir à Breslau, soit ouvertement, soit incognito, et engage Mitchell à conseiller à son collègue de Pétersbourg « de ne pas trop se raidir contre le nouvel empereur dans ses vues qu'il fait remarquer contre les Danois... l’on risquerait de l’aigrir et de gâter tout dèsle commencement et nos ennemis en profiteraient pour l'entrainer dans leur parti en lui promettant tout »,
A la suite de ces communications rassurantes sur les dispositions du nouveau souerain, Frédéric se décida à lui adresser une lettre de félicitations, avant même d’attendre la visite de Gudowitz, et de la confier à un envoyé spécial. La lettre en date du 6 février (1) était bien tournée, mais banale ; pour la préseiter, le choix du prince ‘était arrêté sur le sieur de Goltz qui avait déjà été chargé de missions semblables et qui pour l'occasion fut nommé colonel, adjudant et chambellan. Les instructions (2) de l’envoyé extraordinaire portent la date du 7 février. Sous prétexte de félicitations, il devait travailler à terminer la guerre avec la Russie et à détacher cette puissance de ses alliés. On ne connaissait des dispositions de l'Empereur que « deux points généraux, savoir : que les affaires du Holstein lui tiennent pour le moins autant à cœur que celles de la Russie et secundo qu'il est bien disposé pour mes intérêts. Ces notions, faute de plus détaillées, servent donc de base à tout mon raisonnement ».
Comme entrée en matière, Goltz se fera l'interprète du désir de rétablir la bonne harmonie entre les deux cours et de cultiver l'amitié de l'Empereur; il profitera de la première occasion pour affirmer que Frédéric avait « décliné jusques ici soigneusement toutes les propositions d'alliance » du Danemark ; il exprimera l'impression pro-
(1) Frédéric à l'Empereur de Russie, 6 février 1762. Correspondance politique, XXI, p. 233.
(2) Instructions pour le baron de Goltz, 7 février 1762. Correspondance polilique, XXI, p. 234.
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